Mohammed VI attendu à Paris en janvier 2027 pour une visite d’État


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Illustration Mohammed VI à Paris
Illustration Mohammed VI à Paris

Selon les révélations de La Tribune Dimanche, l’Élysée a formellement proposé au Cabinet royal marocain la troisième semaine de janvier 2027 pour accueillir le roi Mohammed VI en visite d’État à Paris. Si cette échéance se confirme, ce déplacement interviendra près de quatorze ans après sa dernière visite officielle de travail en France en 2013, et vingt-sept ans après sa seule visite d’État, en mars 2000. Reporté à plusieurs reprises, ce voyage doit permettre de formaliser juridiquement un rapprochement économique et diplomatique déjà largement engagé entre les deux pays.

Le roi du Maroc, Mohammed VI, est annoncé en France au début de l’année prochaine. Le calendrier retenu n’est pas anodin. Cette visite d’État, prévue au cœur de l’hiver 2027, se tiendrait à trois mois du premier tour de l’élection présidentielle française d’avril 2027. Paris cherche ainsi à consolider la relation bilatérale avant un possible changement de majorité à l’Élysée tandis que Rabat souhaite obtenir un engagement de l’appareil d’État français qui ne dépende pas des alternances politiques à venir.

Une première pour la diplomatie française

Ce voyage doit en effet permettre la signature d’un traité bilatéral, dont la rédaction, aujourd’hui presque achevée, a été confiée dans le plus grand secret à un comité de onze personnalités. Côté français, l’ancien chef de la diplomatie Hubert Védrine coordonne les travaux aux côtés de Florence Parly (Défense), Ross McInnes (Économie), Sarah El Haïry (Haute Commissaire à l’Enfance) et de l’ancien diplomate Christian Masset. La délégation marocaine est emmenée par Chakib Benmoussa, Haut-commissaire au plan, et Mostafa Terrab, PDG du groupe OCP, numéro un mondial des phosphates. Elle comprend aussi Mounia Boucetta, Driss El Yazami, Leïla Slimani et Rachid Benzine.

Inspiré du traité du Quirinal conclu en 2021 entre la France et l’Italie, ce texte constituerait une première pour la diplomatie française, qui n’a jamais conclu d’accord de cette nature avec un État non membre de l’Union européenne. L’objectif de Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, est de pérenniser le « partenariat d’exception renforcé » signé à Rabat le 28 octobre 2024 en plus de soustraire les accords industriels, militaires et diplomatiques aux aléas des alternances politiques en France.

La France quatrième fournisseur du Maroc

Ce rapprochement politique s’appuie sur une reprise économique concrète. Après trois années de tensions diplomatiques, marquées par l’affaire Pegasus en 2021, la crise des visas et une longue vacance de l’ambassade marocaine à Paris, le commerce bilatéral a fortement progressé : en 2025, les échanges commerciaux ont atteint 15,1 milliards d’euros, un volume deux fois supérieur à celui de 2015.

Le Maroc absorbe désormais plus de 40% des exportations françaises vers l’Afrique. La France a certes reculé au quatrième rang des fournisseurs du royaume, derrière la Chine, l’Espagne et les États-Unis, mais elle reste le premier investisseur étranger au Maroc, avec un tiers des flux nets d’investissements directs reçus en 2025. Près d’un millier de filiales françaises y emploient plus de 150 000 personnes ; à l’inverse, le Maroc est devenu le premier investisseur africain en France.

Refonte globale de la relation entre Paris et Rabat

Cette dynamique s’est traduite concrètement lors de la 15e réunion de haut niveau, co-présidée le 16 juillet dernier par le chef du gouvernement marocain Aziz Akhannouch et le Premier ministre français Sébastien Lecornu, au cours de laquelle quatorze accords ont été signés. S’y ajoutent les 22 méga-contrats, d’une valeur de 10 milliards d’euros, conclus lors de la visite d’Emmanuel Macron à Rabat, en octobre 2024. Parmi lesquels le projet d’hydrogène vert Chbika de TotalEnergies et l’extension de la ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech, attribuée à Alstom.

Ce rapprochement trouve son origine dans la lettre adressée le 30 juillet 2024 par le Président français au souverain marocain. Macron y reconnaît explicitement la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Cette reconnaissance a levé un immense obstacle diplomatique. En plus d’avoir permis une refonte globale de la relation entre Paris et Rabat. La visite de Mohammed VI à Paris, si elle se confirme en janvier 2027, doit acter cette évolution. Et formaliser, par un traité bilatéral, les engagements industriels et stratégiques pris entre les deux pays ces trois dernières années.

Des différends non traités

Des binationaux restent dans le viseur de la justice marocaine. L’historien Maâti Monjib, gracié en juillet 2024, n’a toujours pas le droit de quitter le pays et la police des frontières l’a empêché d’embarquer le 30 mars, puis le 4 juin, alors que sa femme et sa fille vivent en France et qu’il était invité par La Sorbonne. Le journaliste Ali Lmrabet a été interpellé le 12 juillet à l’aéroport de Tanger et relâché trois jours plus tard, l’enquête pour diffamation restant ouverte. Zineb El Kharroubi, arrêtée à Marrakech en février en rentrant voir sa famille, a été condamnée le 29 juin à six mois avec sursis pour des publications appelant à un rassemblement devant l’ambassade du Maroc à Paris. Edwy Plenel s’est étonné du silence de l’Élysée, alors que Paris avait soutenu Boualem Sansal pendant sa détention en Algérie.

Le dossier Pegasus reste lui aussi ouvert à Paris. Un juge d’instruction enquête depuis 2022 sur l’espionnage de journalistes et de responsables français, dont le numéro d’Emmanuel Macron figurait parmi les cibles. Rabat nie avoir acquis le logiciel. En avril, le juge Serge Tournaire a relevé que la justice marocaine avait refusé d’exécuter sa commission rogatoire. Une nouvelle enquête de Forbidden Stories, publiée en juillet, désigne le Maroc sans suffire à établir judiciairement sa responsabilité. Florence Parly, qui siège au comité chargé du traité, a elle-même été ciblée en 2020 et entendue par le juge en avril.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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