Une arête dans le gosier des relations sénégalo-mauritaniennes

Une délégation sénégalaise à Nouakchott pour désamorcer une crise sur fond de désaccords sur l’exploitation des ressources halieutiques. La mort d’un pêcheur sénégalais a provoqué des émeutes anti-mauritaniens à Saint-Louis.

Le ministre sénégalais de la Pêche, Oumar Sarr, accompagné d’une forte délégation, est à Nouakchott pour désamorcer une nouvelle crise entre le Sénégal et la Mauritanie sur fond de querelles sur l’exploitation des ressources halieutiques.

Le feu couve à Saint-Louis, la  » capitale du Nord  » sur le fleuve Sénégal, qui marque la frontière entre les deux pays, après que des gardes-côtes aient tué un pêcheur sénégalais qui s’aventurait dans les eaux territoriales de la Mauritanie. Selon la presse sénégalaise, le frère de la victime aurait été grièvement blessé et son matériel saisi.

Sources de tension récurrentes

A Saint-Louis, des pêcheurs en colère ont violemment manifesté dans les rues. D’après Radio France Internationale (RFI), des boutiques appartenant à des ressortissants mauritaniens auraient été saccagées et leurs occupants violemment pris à parti.

Récurrentes, ces sources de tension entre les autorités mauritaniennes et sénégalaises dans la région vont au-delà d’un désaccord sur l’utilisation des ressources de l’océan, l’exploitation du fleuve Sénégal ayant également fait l’objet de différends entre les deux pays.

Un protocole d’accord sur la pêche existe pourtant entre eux. Il prévoit que Dakar renforce ses moyens de lutte contre les excursions illégales des pêcheurs sénégalais dans les eaux mauritaniennes. En échange, Nouakchott s’est engagée à accorder des licences de pêche, moyennant finance. Or,  » si la partie sénégalaise a respecté ses engagements, à notre connaissance pas la moindre licence n’a été accordée « , estime-t-on au ministère sénégalais de la Pêche.

L’industrie halieutique constitue la principale source de devises de la République Islamique de Mauritanie (46% en 1997, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation – FAO).

Faute d’une industrie de transformation compétitive, la pêche sénégalaise est prise dans le cercle vicieux de la surexploitation de ses ressources. Elle doit exporter toujours plus, à des prix toujours plus faibles. En 1999, la production a progressé de 13,5 % pour s’établir à 124 300 tonnes, alors que les recettes n’ont augmenté que de 6,5 % durant la même période, atteignant désormais 185 milliards de francs CFA.