Un espoir de paix en pointillés à Bujumbura

Après une semaine de violents combats, le calme semble revenu à Bujumbura. Les autorités burundaises ont invité, ce jeudi, les rebelles à s’asseoir à la table des négociations le 21 juillet prochain. Un espoir pour la paix face auquel la population et les organisations non gouvernementales restent prudentes.

Les autorités burundaises misent sur la paix. Après huit jours de combats meurtriers à Bujumbura, un calme extrêmement précaire plane sur la capitale. Le gouvernement a lancé ce jeudi un appel à la négociation pour mettre fin aux affrontements et propose une rencontre le 21 juillet prochain. Depuis les accords d’Arusha d’août 2000 en Tanzanie, les Forces Nationales de Libération (FNL) ont toujours refusé de s’asseoir à la même table que le pouvoir politique. Malgré que le nouveau président, Domitien Ndayizéyé, soit hutu[[<**>il a remplacé Pierre Buyoya le 30 avril dernier en vertu des accords d’Arusha]], l’appareil militaire reste à majorité tutsie. Les rebelles Hutus du FNL n’ont cette fois-ci pas rejeté l’invitation d’emblée. Un autre groupe dissident, le Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD), a pour sa part décidé de saisir la main tendue.

Les éventuelles discussions du 21 juillet prochain devraient réunir plusieurs chefs d’Etat de la sous région. Ces efforts témoignent d’une nouvelle prise de conscience, estime l’Iteka. « Les partenaires ont réalisé que cette guerre avait atteint un niveau inquiétant », explique la Ligue burundaise des droits de l’homme sur place. Si inquiétant que la population, fatiguée par un conflit qui dure depuis une décennie, reste prudente quant à l’issu des pourparlers. Depuis le début du conflit en 1993, le compteur affiche plus de 300 000 victimes.

Une population prise au piège

Les assauts menés dans la capitale depuis dimanche, après une brève accalmie, ont fait beaucoup de victimes et de blessés. Ces derniers ont été dispatchés dans les hôpitaux de Bujumbura où, la semaine dernière, jusqu’à cent victimes ont été soignées par jour. Pour éviter d’être prises dans des tirs croisés, 5 000 personnes ont quitté le sud de la capitale pour le centre, selon l’Iteka. Ces déplacés se réfugient chez des proches, des amis ou dans des églises.

Des militaires auraient profité de la fuite de certains habitants de la ville pour piller leur demeure. Suite à ces allégations, un haut responsable de l’armée a déclaré que, si ces faits étaient avérés, les coupables seraient traduits en justice. « Les rebelles kidnappent des personnels d’organisations non gouvernementales locales (ONG), de parlementaires ou d’administrateurs pour remplir leurs caisses », témoigne un membre de l’Iteka qui a souhaité conserver l’anonymat.

Des risques d’envenimement

La violence des derniers affrontements à provoqué le départ de travailleurs internationaux. Le personnel de l’ambassade américaine non indispensable sur place a plié bagage. Certains membres de l’Organisation des Nations Unies ont également quitté le pays mardi après des attaques près de leur lieu de résidence.

Les ONG tirent la sonnette d’alarme. Amnesty International craint que le gouvernement ne se livre à des représailles contre les Hutus suspectés de soutenir ou d’être complices des rebelles. La semaine dernière, les délégués de l’organisation ont notamment reçu des témoignages d’exactions commises par l’armée. Côté Forces Nationales de Libération, Amnesty considère que, dans de nombreux cas, les tactiques employées constituent des crimes de guerre et de graves entorses des droits de l’homme.

L’annonce de prochaines négociations pourrait signer le début d’un réel processus de paix. L’occasion pour les Burundais d’oublier enfin la peur et de retrouver leurs maisons.

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