Les FNL dans les faubourgs de Bujumbura

Les rebelles des Forces nationales de libération ont poursuivi mardi leur attaque lancée la veille sur le sud de la capitale burundaise, Bujumbura, et qui a déjà fait 28 morts. Les FNL, mouvement rebelle à majorité hutu, n’ont jamais participé à la transition politique engagée au Burundi, estimant que les discussions ne concernent pas le vrai nœud du problème : l’armée.

Les quartiers de Musaga, Kinanira et Kanyosha, dans le sud de Bujumbura, la capitale burundaise, sont désertés par leurs habitants. Les Forces nationales de libération (FNL)*, deuxième mouvement rebelle hutu du pays, y ont lancé lundi matin une attaque massive. Lundi après-midi, alors que 28 corps étaient retrouvés sans vie, le colonel Augustin Nzabampema, porte-parole de l’armée, annonçait avoir repoussé le rebelles hors de la ville. Mais mardi, les FNL sont revenus encore plus nombreux et mieux armés, avec semble-t-il la ferme intention de garder leurs positions. « Nous venons à Bujumbura et nous allons y rester jusqu’à ce que nos frères tutsis acceptent de négocier directement avec nous », déclarait dès lundi à l’AFP le Pasteur Habimana, porte-parole des FNL.

Face à la puissance de feu des assaillants, un haut officier militaire a même affirmé lundi que les Forces pour la défense de la démocratie (FDD)**, le plus important mouvement armé hutu du pays, avaient « prêté leur artillerie » aux FNL. Une déclaration immédiatement démentie par le porte-parole des FDD.

« Il n’y a pas de gouvernement légal »

Les FNL en appellent à des négociations avec les Tutsis alors que le Président burundais est actuellement Hutu. Le fait est que le mouvement rebelle ne reconnaît pas le gouvernement actuel. « Il n’y a pas de gouvernement légal et légitime au Burundi », a répété lundi le Pasteur Habimana. Le Président de la République Domitien Ndayizeye a pris ses fonctions le 1er mai dernier, en remplacement de Pierre Buyoya, en vertu du partage du pouvoir entre Tutsis et Hutus décidé lors du sommet d’Arusha (Tanzanie), le 28 août 2000. Un sommet que les FNL, comme les FDD, avaient boycotté.

Les deux mouvements avaient privilégié la lutte armée et, surtout, des négociations directes avec les dignitaires de l’armée, à majorité tutsi. La seule force capable d’assurer la pérennité du régime, et, en tant que tel, l’organe décideur en dernier ressort. C’est l’assassinat du Président hutu Melchior Ndadaye, en 1993, qui avait déclenché les massacres inter-ethniques au Burundi et une guerre civile qui fera selon l’Onu plus de 300 000 morts, en majorité des civils. Avant Melchior Ndadaye, deux autres Présidents hutus avaient été écartés du pouvoir, dont l’un assassiné. En 1993, de nombreux militants du Frodebu (Front démocratique du Burundi) acquièrent la certitude qu’aucun « Hutu ne pourra jamais diriger le Burundi si l’armée reste aux mains des Tutsis ». Certains choisissent la voix politique pour arriver à leur fins : le Frodebu, tandis que d’autres s’acharnent dans la voie militaire : FDD (dissident du Frodebu) et FNL.

Les deux mouvements rebelles avaient intensifié leur pilonnage sur Bujumbura lors du passage de témoin entre Pierre Buyoya et Domitien Ndayizéyé. Comme pour mieux signifier leur rejet du processus de transition et son Président hutu. Un Président qui aura d’autant plus de mal à former une armée et une police sur la base d’un dosage ethnique s’il continue d’être ignoré par l’une des parties.

*CNDD-FDD : Forces pour la défense de la démocratie du Conseil national pour la défense de la démocratie

**FNL : Forces nationales de libération du Parti pour la libération du peuple hutu (ou Palipehutu – FNL)