Ndayizéyé remplace Buyoya

Domitien Ndayizéyé a remplacé Pierre Buyoya mercredi matin à la tête de l’Etat burundais en vertu du partage de pouvoir entre Hutus et Tutsis décidé à Arusha le 28 août 2000. Un changement de pouvoir  » insignifiant  » pour les mouvements rebelles hutus qui pilonnent Bujumbura depuis des semaines.

Domitien Ndayizéyé est le nouveau président du Burundi. Il remplace Pierre Buyoya à la tête du pays pour un an et demi. Le nouveau chef de l’Etat n’a pas été élu. Sa prise de pouvoir entre dans le cadre d’un partage de pouvoir entre Tutsis et Hutus décidé à Arusha (Tanzanie) en août 2000 sous l’égide de Nelson Mandela. L’accord d’Arusha vise à terme la sortie du Burundi de dix ans de guerre civile.

Depuis l’indépendance du pays, le pouvoir est traditionnellement le fait des Tutsis, ethnie minoritaire par rapport aux Hutus.  » Je promet de travailler pour le bien de tous les Burundais, de lutter contre toute forme de génocide et d’exclusion. Je promet d’assurer les droits de l’Homme « , a déclaré le nouveau président burundais lorsqu’il a prêté serment mercredi matin. Lui-même Hutu, il succède à Pierre Buyoya, Tutsi.

Ndayizeye, Buyoya, même combat

Le changement de pouvoir au sommet de l’Etat serait une bonne raison d’espérer pour les Burundais s’il y avait eu un réel consensus à Arusha en août 2000 entre l’Etat et les mouvements rebelles hutus. Ce qui ne fut pas le cas. CNDD-FDD* comme FNL** ont boycotté le sommet. Le CNDD-FDD a bien signé un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement en décembre 2002, mais celui-ci n’a jamais été respecté. Les négociations bloquent sur le volet politique de l’accord.

Pour les rebelles, le président hutu est plus un concurrent qu’un interlocuteur.  » Ndayizeye ou Buyoya, c’est bonnet blanc et blanc bonnet « , assurent les FNL. Ces derniers considèrent les militants du parti de Domitien Ndayizeye, le Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu), comme des opportunistes voire des traîtres. Depuis l’indépendance du Burundi, le nouveau président est le quatrième Hutu à accéder à la magistrature suprême. Les trois premiers ont été renversés, assassinés pour deux d’entre eux.

C’est l’assassinat du président hutu Melchior Ndadaye, en 1993, qui déclenche les massacres inter-ethniques et la guerre civile au Burundi. Et laisse penser au Frodebu qu’aucun  » Hutu ne pourra jamais diriger le Burundi si l’armée reste aux mains des Tutsis « . En 1993, une branche du parti décide alors de lutter politiquement pour arriver à ses fins alors que l’autre, réunie au sein du CNDD-FDD, ne jure plus que par la voie des armes. Depuis quelques semaines, CNDD-FDD et FNL ont intensifié leur pilonnage sur la capitale Bujumbura.

Mission impossible

La tâche qui attend Domitien Ndayizeye est des plus difficiles. Après avoir obtenu un cessez-le-feu, il devra s’atteler au cantonnement des troupes militaires. Ensuite, il devra former une armée et une police nationale intégrant les forces en présence sur la base d’un dosage ethnique de 50-50, explique RFI.

Les 3 500 hommes que l’Union africaine prévoit de déployer (une centaine d’éléments sont arrivés à Bujumbura le 27 avril dernier) au Burundi ne risquent pas d’être d’une aide décisive pour Domitien Ndayizeye. La Force de l’organisation régionale est dotée d’un simple mandat de surveillance d’un cessez-le-feu qui n’a jamais été respecté.

*CNDD-FDD : Forces pour la défense de la démocratie du Conseil national pour la défense de la démocratie

**FNL : Forces nationales de libération du Parti pour la libération du peuple hutu (ou Palipehutu – FNL)

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