
Incarcéré depuis 700 jours, le journaliste franco-tunisien Mourad Zeghidi comparaît le 28 avril devant la Cour d’appel de Tunis. Condamné à trois ans et demi de prison pour des motifs financiers contestés par sa défense, son dossier est devenu le symbole d’une dégradation durable des libertés publiques en Tunisie.
Formé au journalisme sportif à partir de 1992 sur Canal Horizons, puis sur Canal+ France, Mourad Zeghidi s’impose après 2011 comme une voix politique reconnue dans la Tunisie de l’après-révolution. Installé plusieurs années en France, il rentre au pays en 2014 pour poursuivre son travail dans un paysage médiatique encore marqué par l’ouverture démocratique. Il devient alors l’une des figures les plus suivies du journalisme indépendant tunisien, notamment à travers sa participation à l’émission L’Émission impossible sur Radio IFM.
L’arrestation de mai 2024
Le 11 mai 2024, Mourad Zeghidi, son confrère Borhen Bsaies et l’avocate-chroniqueuse Sonia Dahmani sont arrêtés simultanément. Si cette vague d’interpellations marque un coup d’arrêt brutal pour la liberté médiatique, les trajectoires judiciaires des trois personnalités divergent rapidement. Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies se retrouvent poursuivis dans un même dossier financier aux peines quasi identiques, alors même qu’aucun lien fiscal direct n’a été établi entre leurs activités respective.
Le dossier prend ensuite une tournure financière. Le 30 juillet 2024, sa peine est ramenée à huit mois de prison ferme. Mais au moment où sa libération devait intervenir, de nouveaux mandats de dépôt sont émis dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent, dossier dans lequel ses avocats et ses soutiens parlent surtout de factures impayées et d’un différend fiscal.
Pendant plus d’un an, des vérifications menées auprès de la Banque centrale, d’Interpol et d’autorités européennes n’ont pas permis d’établir de flux illicites. Zeghidi avait par ailleurs engagé une procédure de conciliation fiscale, finalement acceptée par les autorités tunisiennes en décembre 2025.
Trois ans et demi de prison et une audience très attendue
Le 22 janvier 2026, il est condamné à trois ans et demi de prison, dont trois ans pour blanchiment d’argent et six mois pour infractions fiscales. Pour ses soutiens, cette peine relève davantage d’un signal politique que d’une réponse judiciaire ordinaire. À la prison de Mornaguia, il est maintenu dans des conditions strictes, avec des contacts familiaux limités. Sa sœur Meriem et ses filles, Yesmine et Inès, relaient régulièrement son cas auprès de la presse et de la société civile.
Initialement prévu le 14 avril 2026, le procès en appel a été reporté au 28 avril par la Cour d’appel de Tunis, à la demande de la défense. Les demandes de mise en liberté ont, elles, été rejetées. Ce renvoi prolonge l’incertitude autour d’un dossier devenu emblématique des tensions entre pouvoir tunisien et presse indépendante. Au-delà du cas Zeghidi, l’affaire dit beaucoup du climat tunisien actuel avec un durcissement du régime et une instrumentalisation du judiciaire contre les voix critiques.
Mourad Zeghidi est franco-tunisien, journaliste, et croupit depuis 700 jours dans une prison de Tunis. Les syndicats français de la presse réclament sa liberté. Le gouvernement français, lui, se tait.
Le verdict du 28 avril dira si la justice tunisienne maintient cette ligne ou ouvre la voie à un possible dénouement. Dans un dossier suivi de près bien au-delà de Tunis, l’enjeu dépasse désormais la seule situation d’un journaliste.




