Tunisie : le Conseil du marché financier muscle sa lutte contre le blanchiment d’argent


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Conseil des Marchés financiers Tunisie
Conseil des Marchés financiers Tunisie

Face à une hausse de près de 34 % des signalements de transactions suspectes en 2024, les autorités tunisiennes déploient une stratégie ambitieuse à l’horizon 2026. Au programme : contrôles renforcés, formations ciblées et supervision accrue du secteur financier.

La Tunisie intensifie son dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Dans un communiqué récent, le Conseil du marché financier (CMF) a dévoilé une feuille de route structurée pour la période 2024-2026. Objectif : consolider la transparence et la sécurité du marché financier national.

Cette stratégie s’inscrit dans le cadre de la loi organique de 2015, amendée en 2019, et répond aux exigences du Groupe d’action financière (GAFI). Elle concernera plus de 120 intervenants régulés du secteur financier tunisien, toujours exposés aux risques transfrontaliers.

Une approche fondée sur les risques

Le CMF entend faire évoluer les pratiques du secteur. « La stratégie repose sur le renforcement d’un dispositif d’adhésion effective des intervenants du marché, à travers le passage d’une conformité formelle à une approche fondée sur les risques et la bonne gouvernance », indique le régulateur dans son communiqué.

Concrètement, le CMF prévoit d’assurer le suivi des plans d’action issus des contrôles, de renforcer le rôle des structures de conformité internes et d’intensifier les actions de sensibilisation. L’autorité encourage également le recours aux solutions numériques pour améliorer la connaissance des clients et la surveillance des opérations.

Des moyens de contrôle doublés

Les ambitions chiffrées témoignent d’un changement d’échelle. La stratégie 2024-2026 prévoit plus de 60 missions de contrôle ciblées, contre une trentaine auparavant. Le CMF s’engage aussi à publier au moins cinq guides sectoriels sur la détection des opérations suspectes et à former plus de 500 professionnels du marché financier.

Cette mobilisation répond à une tendance inquiétante. En 2024, la Commission tunisienne des analyses financières (CTAF) a reçu 1 236 déclarations de soupçon, contre 1 083 en 2023. Cette augmentation de 33,9 % concerne majoritairement le secteur financier et traduit une montée en puissance des flux suspects.

Rassurer les investisseurs étrangers

Au-delà de la sécurité intérieure, l’enjeu est aussi économique. La stratégie du CMF vise à réduire les vulnérabilités du marché tunisien et à rassurer les investisseurs étrangers. La Tunisie entend se positionner comme un acteur crédible dans la lutte contre la criminalité financière, conforme aux standards internationaux.

Le pays dispose d’un atout : il figure actuellement au quatrième rang africain parmi les États les moins vulnérables au blanchiment d’argent.

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Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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