Tunisie : Ennahda préconise deux ans de prison contre l’atteinte au sacré

Le parti au pouvoir Ennahda a présenté mercredi à l’Assemblée constituante tunisienne son projet de loi sur l’atteinte au sacré. Ce texte de loi prévoirait deux ans de prison pour quiconque s’en prendrait aux valeurs, objets et lieux liés à la religion.

On ne s’en prend pas aux valeurs, objets ou lieux liés à la religion. Ennahda, qui dirige la coalition au pouvoir, rend les choses encore plus claires : toute personne qui portera atteinte au sacré sera puni de deux ans d’emprisonnement. Le parti islamiste a présenté mercredi son projet de loi devant l’Assemblée constituante. Le texte codifie à la lettre l’atteinte au sacré concernant Dieu, tous les prophètes, les mosquées, églises et notamment les synagogues. Il codifie également la nature des atteintes et leur degré de gravité entre « l’injure, la profanation, la dérision et la représentation d’Allah et de Mahomet ». S’il y a récidive, les peines peuvent aller jusqu’à quatre ans d’emprisonnement, a expliqué le rapporteur général de la commission de rédaction de la Constitution, Habib Khadher, sur la radio Shems FM.

Confrontation entre modérés et conservateurs

La date à laquelle le projet de loi sera mis en débat n’a pas été définie. Une chose est sûre, les discussions sur la question seront houleuses. Pour le parti islamiste, « cette loi à l’échelle nationale s’impose face à la surenchère des actes blasphématoires ». Il fait ainsi référence à la diffusion sur la chaîne NesmaTv du film Persepolis qui a suscité la polémique. La chaîne a été sanctionnée pour « troubles à l’ordre public et aux bonnes mœurs », en raison de l’absence d’une loi incriminant l’atteinte au sacré. De même, en juin dernier, l’exposition au palais Abdellia de la Marsa, « Printemps des arts », a provoqué la colère des salafistes. Ces derniers ont jugé plusieurs œuvres « choquantes » et « indécentes ». Il s’agissait, entre autres, de tableaux représentant des fourmis qui forment le nom d’Allah (Dieu, ndlr), des caricatures de la Mecque, un homme barbu avec de longues dents ou encore le portrait d’une femme nue.

Lors de son congrès qui s’est tenu du 12 au 16 juillet, Ennahda avait déjà prévu de punir l’atteinte au sacré tout en s’engageant à garantir la liberté d’expression. Le parti avait joué la carte du réformisme, en confortant son orientation politique « centriste et modérée et le bannissement de l’extrémisme ». Mais les tiraillements entre modérés et conservateurs ne sont pas rares au sein du parti. La question de la place de l’islam dans la politique est toujours en suspens.

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