Togo : « La victoire de Faure Gnassingbé est un hold-up électoral ! »

La victoire de Faure Gnassingbé à l’élection présidentielle du Togo, annoncée mardi par la Commission électorale nationale indépendante, est loin de faire l’unanimité. Certains acteurs de la communauté togolaise dénoncent une « mascarade » ou un « hold-up électoral », mené avec la complicité de la Cedeao et de la communauté internationale, et plus précisément de la France.

« Ce ne sont pas les Togolais qui ont porté Faure Gnassingbé au pouvoir. » C’est le sentiment qui prévaut chez de nombreux Togolais après la proclamation des résultats provisoires de l’élection présidentielle de dimanche. Les résultats donnent en effet gagnant, avec 60,22% des voix, le fils de l’ancien Président Gnassingbé Eyadéma, décédé le 5 février dernier. Mais pour certains, cette victoire n’est pas valide car entachée par la fraude. Une fraude qui décrédibilise, selon la société civile, la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et la communauté internationale, dont le silence est assimilé à une bénédiction. Emmanuel Akitani Bob, principal challenger de Faure Gnassingbé (38,19% des voix), a démontré sa ferme opposition au verdict de la Commission électorale nationale indépendante en s’auto-proclamant, ce mercredi, Président. Dans les rues du pays, la tension monte, avec des manifestations de colère qui éclatent ça et là. On comptait mardi une dizaine de morts et près d’une centaine de blessés.

 « Le coup d’Etat du 5 février a trouvé un habillage légal »

Kofi Yamgnane, représentant de la coalition de l’opposition togolaise pour la zone européenne

« Le coup d’Etat du 5 février, où Faure a été porté au pouvoir par les militaires, pour ensuite quitter la présidence sous la pression internationale, a trouvé son habillage légal dans cette mascarade. Tout a été mis en œuvre pour aboutir à l’objectif préfixé qui était que Faure remplace son père. J’ai des preuves que des militaires ont volé des urnes et que ceux qui s’y sont opposés ont été tués. Dans certains bureaux de vote, les résultats ont été inversés. C’est ainsi que Faure a eu 60% et Bob Akitani 20%. Et, parce que le ridicule ne tue pas, on ose proclamer que Faure a été élu ! Mon sentiment profond est que, pour bien moins que ça, l’Europe s’est mobilisée en Ukraine pour casser le scrutin et pour que d’autres élections soient reconduites. Pourquoi ne pas faire la même chose en Afrique ? Tout simplement parce que les Ukraniens sont blancs et les Togolais noirs. Chirac l’a d’ailleurs dit lui-même : ‘la démocratie n’est pas faite pour les Africains’. »

 « La Cedeao aurait été manipulée pour laisser Faure au pouvoir »

Karl Gaba, responsable du quotidien en ligne letogolais.com

« Cette élection est un véritable hold-up, une forfaiture. Comment les élections auraient-elles pu se passer dans de bonnes conditions alors que ce sont Faure et ses proches qui ont tout préparé ? Par ailleurs, la Cedeao, qui avait la responsabilité de superviser le scrutin, n’a pas respecté les conditions et recommandations pour que les élections soient transparentes. Si elle a condamné la prise de pouvoir de Faure le 5 février dernier, on sentait en filigrane la main visible de forces étrangères qui voulaient la forcer à accepter Faure au pouvoir. Certains Togolais pensent que la France aurait manipulé la Cedeao pour qu’elle accepte les résultats. Parce qu’elle veut imposer Faure, coûte que coûte, afin que se poursuive le régime de Gnassingbé Eyadéma, qu’elle a soutenu pendant 38 ans. J’en appelle à la communauté internationale et aux ONG (organisations non gouvernementales) pour qu’elles interviennent et rétablissent la paix et la légalité. »

 « Faure Gnassingbé a fait la même chose que Ibrahim Bare Mainassara et avec Robert Gueï »

Akwei Adoté Ghandi, président de Ligue togolaise des droits de l’Homme et coordinateur du Collectif des associations de la société civile et des organisations syndicales du Togo

« Ces élections sont une mascarade émaillée de violence, comme l’avait prédit la société civile et le ministre de l’Intérieur, qui a d’ailleurs été limogé pour avoir dit qu’il fallait repousser l’échéance électorale pour qu’elle puisse se dérouler dans les règles. Ils n’ont pas été écoutés. Il y a eu des fraudes massives, avec la complicité de la France, de la communauté internationale et de la Cedeao qui avaient pour plan de placer Faure au pouvoir. Les urnes ont été bourrées, il y a eu des votes parallèles (des étrangers ont été mobilisés pour voter en dehors des bureaux), le pays a été totalement coupé du monde durant le scrutin (les radios privées et les câbles de téléphones mobiles ont été coupés)… Nous estimons que c’est un hold-up électoral comparable à ceux qui se sont produits au Niger avec Ibrahim Bare Mainassara et en Côte d’Ivoire avec Robert Gueï : ils ont tous fait un coup d’Etat qu’ils ont plus tard déguisé en prise démocratique du pouvoir, alors que les élections étaient truquées. Nous demandons que l’élection présidentielle soit reconduite et que la Cedeao change d’attitude, car elle a été témoin de ce qui s’est passé et elle affirme que les résultats sont acceptables ! Elle est donc complice et coupable. »

 « Les chefs d’Etat africains auraient conspiré pour que Faure gagne »

Initiative 150, groupe de réflexion créé par la diaspora togolaise

« Très clairement, ce résultat provisoire délivré par la Commission électorale nationale indépendante est fantaisiste et inacceptable. Et nous ne parlons pas de fraude, comme certains autres. Nous disons que les gens se sont assis pour inventer des chiffres et ensuite déclarer Faure vainqueur. Nous sommes par ailleurs déçus en ce qui concerne les chefs d’Etat africains, qui auraient, semble-t-il, conspiré pour que Faure soit au pouvoir. Et leur silence, à la suite de l’élection, ne fait que confirmer cette thèse. C’est honteux ! La communauté internationale veut rester insensible et attendre que la situation se dégrade, voire qu’une guerre civile éclate. C’est dommage. Mais nous nous organisons et nous nous battrons pour empêcher ce coup de force électoral. »

 « Emmanuel Akitani Bob a bien fait de s’auto-proclamer Président »

Sanvi Panou, président du Comité de vigilance pour la démocratie au Togo

« Ma réaction est la même que celle de tous les démocrates d’Afrique et du monde. Cette élection a été entachée par une fraude massive, qui ne peut que soulever une dénonciation généralisée et une révolte sans précédent. Cela fait plusieurs décennies que nous avons été abusés par le régime Eyadéma, qui procédait au vol de bulletins pour se maintenir. Mais ce que les dirigeants n’ont pas compris, c’est que les choses ont changé, et que les jeunes veulent une alternance politique. c’est pourquoi nous estimons que Emmanuel Akitani Bob a eu raison de s’auto-proclamer Président. Il doit mobiliser tous les démocrates pour récupérer la victoire et le pouvoir qui lui ont été confiés par la majorité des électeurs. »