Togo : bras de fer entre le pouvoir et l’opposition

Suite aux fortes mobilisations du Collectif Sauvons le Togo (CST) à Lomé, la population togolaise semble vivre dans une situation rocambolesque menant à une bipolarisation politique au Togo. Le pouvoir se dit disposé au dialogue, le CST, empêché de manifester, semblant étouffé par le pouvoir, exige la démission de Faure Gnassingbé en se fondant sur l’article 150 de la Constitution togolaise.

(De notre correspondant)

La majorité silencieuse a fait entendre sa voie ces derniers temps. Plus de 500 000 d’entre eux se sont rassemblés le 1er septembre en face du Palais des congrès de Lomé pour témoigner leur soutien au président togolais Faure Gnassingbé. Des partis, des associations, alliés du parti UNIR comptent également parmi les soutiens du pouvoir. A ces acteurs, s’oppose un assemblage de partis politiques et d’organisations de la société civile, de plus en plus déterminés à ne plus faire confiance aux élections au Togo pour l’avènement d’une alternance politique.

Une instabilité sociale ancrée dans la société togolaise

Cet assemblage de partis de l’opposition, engagé dans cette lutte depuis des décennies, est désormais connu sous le nom de Collectif Sauvons le Togo (CST), Arc-en-ciel soutenu par une forte mobilisation togolaise. Leurs revendications datent de l’accord politique global en 2006, du dernier rapport de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) et des recommandations de la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR).

La crise politique togolaise, pendant des années sous Gnassingbé Eyadema puis sous Faure Gnassingbé, a connu des cadres de discussion qui malheureusement ont toujours débouché sur des désaccords. Le pouvoir et l’opposition n’ont jamais réussi à s’entendre.

Une main tendue par le ministre de l’Administration territoriale

Parlant de dialogue, le ministre de l’Administration territoriale Gilbert Bawara, très proche du pouvoir, interrogé sur la radio Kanal Fm, a rebondi sur les dernières manifestations du CST et la position du Gouvernement par rapport à cette situation au Togo : « Parler de « répression policière » quand les forces de l’ordre dispersent une manifestation illégale avec des gaz lacrymogènes est manifestement exagéré. L’utilisation de gaz lacrymogènes, ce n’est pas de la répression, mais un moyen légal, et tout à fait conventionnel, de maintien de l’ordre. Même s’il y a eu quelques excès, ils sont limités », a-t-il indiqué.

M. Bawara a rappelé quelques évidences. « Le gouvernement n’a aucune intention de restreindre les libertés. Nous voulons que les manifestations se déroulent dans le cadre de la loi et dans un esprit de responsabilité ».

Questionné sur les demandes du CST (notamment le report des élections législatives à juin 2013 et la démission du président Faure Essozimna Gnassingbe), M. Bawara a répondu avec humour, « C’est la liberté d’expression. Le collectif peut aussi exiger que la terre ne tourne plus dans le même sens, qu’il fasse moins chaud au Togo ou qu’il y ait davantage de vent ».

Le ministre a une nouvelle fois appelé les contestataires au dialogue politique. « Asseyons-nous autour d’une table, faisons-nous confiance, accordons-nous le bénéfice du doute et cherchons des compromis pour aller de l’avant. Le gouvernement est patient et reste ouvert et disponible pour recueillir les contributions de ceux qui n’ont pas répondu à l’invitation du Premier ministre », a-t-il indiqué. Enfin Gilbert Bawara a révélé que lors de la démission du gouvernement en juillet dernier, le chef de l’Etat avait personnellement téléphoné à Jean-Pierre Fabre (le président de l’ANC) et à Zeus Ajavon (le leader du CST) pour les inviter à discuter. « Ils ont décliné la main tendue du président. Que vous voulez faire de plus pour démontrer la volonté d’ouverture et de dialogue du gouvernement ? », a-t-il conclu.

Le CST refuse le dialogue

Pour le coordinateur du CST Me Zeus Ajavon, il n’est néanmoins pas question de dialoguer avec le gouvernement. « Nous étions prêts à discuter au début. Nous avons même intégré aussi bien dans notre texte fondateur et dans la plate-forme, la discussion comme moyen de règlement de la crise togolaise. Nous avons tout fait jusqu’à ce jour, mais nous sommes finalement convaincus que la discussion ne mènera à rien et que ce sera du temps perdu. Notre moyen, c’est l’article 150 de la constitution. Nous laissons désormais la possibilité à chaque citoyen de s’organiser pour faire cesser la situation qui se passe au Togo. C’est la constitution elle-même qui prévoit que dans les cas de coup de force permanent, l’on peut invoquer l’article 150 et c’est ce que nous faisons ». a-t-il déclaré.

Le CST, de son coté, multiplie les manifestations. Après la grève du sexe avortée jeudi dernier, les femmes du CST reviennent cette semaine du 3 septembre avec un autre concept : le concert de casseroles. Il s’agit de taper sur des casseroles pendant dix minutes à midi, chaque jour de la semaine dans toute la capitale togolaise Lomé. Reste à savoir si le pouvoir saura tendre l’oreille.

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