
Présenté en version restaurée à Cannes Classics, Tilaï d’Idrissa Ouédraogo retrouve l’écran 36 ans après son Grand Prix. Une reprogrammation qui intervient alors qu’aucun film africain ne figure en compétition officielle en 2026.
En l’absence de films africains en compétition pour la Palme d’or 2026, le Festival de Cannes se tourne vers son histoire. Tilaï, d’Idrissa Ouédraogo, Grand Prix en 1990, a été présenté en version restaurée dans la section Cannes Classics.
Nora Ouédraogo, fille du réalisateur disparu en 2018 a assisté à cette projection du film, restauré en 4K à partir du négatif original. Cette présentation remet à l’écran une œuvre qui avait marqué le palmarès du festival.
Aucune production africaine ne figure cette année dans la sélection officielle. La situation contraste avec celle du début des années 1990. En 1990, Idrissa Ouédraogo s’imposait dans une compétition où David Lynch remportait la Palme d’or avec Sailor et Lula et où Gérard Depardieu était récompensé pour Cyrano de Bergerac. Tilaï s’y distinguait par une mise en scène dépouillée et une narration resserrée.

L’histoire de Tilaï repose sur un conflit familiale
Saga revient au village après une longue absence. Il apprend que son père a épousé Nogma, la femme qui lui était promise. La règle sociale ne laisse aucune ambiguïté. Il doit s’effacer. La relation entre Saga et Nogma se poursuit pourtant, en secret, au risque de déclencher la réaction du groupe.
Le film prend pour point de départ cette situation pour interroger le poids de la norme collective. La tradition y apparaît comme un cadre structurant, mais aussi comme une contrainte. Idrissa Ouédraogo filme sans effets, en privilégiant les silences, les regards et les gestes. La progression du drame repose sur cette retenue.
Avec Tilaï, le cinéaste burkinabè décédé en 2018 s’inscrit dans une génération qui a contribué à la reconnaissance internationale du cinéma africain, aux côtés d’Ousmane Sembène et de Souleymane Cissé. Avant ce film, il avait réalisé Yam Daabo puis Yaaba. Il poursuivra ensuite un travail centré sur les tensions entre cadre social et trajectoires individuelles.
La restauration a été réalisée par le laboratoire Cité de Mémoire pour le compte de l’Institut français – Cinémathèque Afrique. La projection est organisée avec Waka Films, Carlotta Films assurant la distribution en France.
La présence de Tilaï dans Cannes Classics remet en lumière une question récurrente. Les films africains occupent une place reconnue dans l’histoire du festival, mais restent peu visibles dans les compétitions récentes. En 1990, Tilaï avait trouvé sa place au plus haut niveau. Sa reprogrammation, trente-six ans plus tard, souligne cet écart.




