Cannes 2026 : pas de film africain en compétition, mais trois à Un Certain Regard


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Les marches du Festival de Cannes
Les marches du Festival de Cannes

Le 79e Festival de Cannes, qui se tient du 12 au 23 mai 2026, donne une image contrastée du cinéma africain. Absent de la compétition pour la Palme d’or, le continent apparaît dans plusieurs sections parallèles : Un Certain Regard, la Quinzaine des cinéastes, la Semaine de la critique et Cannes Classics.

L’Afrique n’a pas rendez-vous, cette année, avec le tapis rouge le plus exposé du Festival de Cannes. Parmi les 22 longs métrages retenus en compétition pour la Palme d’or 2026, aucun film africain. La liste officielle aligne cinéastes européens, américains et asiatiques. Mais pas de place pour une œuvre du continent dans la course au prix suprême.

Pour autant, cette absence ne signifie pas que l’Afrique soit invisible à Cannes. Comme lors des éditions précédentes, le continent existe dans les sections parallèles, qui font figure de révélateurs de talents.

Une absence dans la course à la Palme

Trois films portent des récits africains à Un Certain Regard. Ben’Imana, premier long métrage de la Rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, est aussi le premier film d’une réalisatrice rwandaise sélectionné en sélection officielle à Cannes. Il se déroule au Rwanda en 2012.

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Vénéranda, survivante du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, organise des séances de discussion entre victimes et familles de bourreaux, dans le sillage des tribunaux populaires gacaca. Lorsque sa fille tombe enceinte dans des circonstances inattendues, elle doit affronter les zones sombres de son propre passé. Coproduction de nombreux pays, Rwanda – Gabon – Côte d’Ivoire – France – Norvège, le film a été financé majoritairement par des productrices africaines.

Avec Congo Boy, Rafiki Fariala situe son récit à Bangui. Robert, 17 ans, rêve d’une carrière musicale, mais il n’est pas un Centrafricain comme les autres : c’est un réfugié congolais. Quand ses parents sont arrêtés, il s’occupe seul de ses quatre frères et sœurs, jonglant entre petits boulots, révisions du bac et scènes musicales. Mais il doit aussi éviter les milices qui sèment la terreur dans la ville. Le film est le premier long métrage de fiction du réalisateur de Nous, étudiants !. C’est une coproduction de la Centrafrique, la RDC, la France et l’Italie.

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La Más Dulce, de la Franco-Marocaine Laïla Marrakchi, suit deux jeunes Marocaines parties travailler dans les serres de fraises de Huelva, dans le sud de l’Espagne. Derrière l’espoir d’un revenu pour leurs familles surgissent l’exploitation, le harcèlement et la violence d’un système patriarcal. Coproduction Maroc-Espagne-France-Belgique, le film marque le retour de la cinéaste à Cannes, vingt ans après Marock, déjà sélectionné dans la même section en 2005.

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Quinzaine et Semaine de la critique : les marges comme vitrine

À la Quinzaine des cinéastes, Clarissa, des jumeaux nigérians Arie et Chuko Esiri, transpose Mrs Dalloway de Virginia Woolf dans le Lagos contemporain, avec Sophie Okonedo et David Oyelowo à l’écran. Nés à Warri, élevés à Lagos et déjà remarqués avec Eyimofe (Berlinale 2020), les deux frères prolongent l’émergence d’un cinéma nigérian d’auteur. Un monde parallèle aux circuits industriels de Nollywood.

La Semaine de la critique retient deux courts métrages liés au continent en compétition. La Franco-Algérienne Sarra Ryma présente À quoi rêvent les Maknines, portrait de deux jeunes Algériens d’Alger. Man’mi, d’Aude N’Guessan Forget, suit une petite fille métisse de six ans partagée entre la France et un univers familial baoulé marqué par la maladie de sa mère.

Hommage à Idrissa Ouédraogo

À Cannes Classics, le festival honore l’un des grands maîtres du cinéma africain avec la présentaiton de Tilaï, d’Idrissa Ouédraogo. Le film, Grand Prix du Jury en 1990, a été restaurée en 4K et sera projeté en présence de Nora Ouédraogo, fille du cinéaste burkinabè disparu en 2018, et de la productrice Silvia Voser. La restauration, menée à partir du négatif original par la Cité de Mémoire pour le compte de l’Institut français – Cinémathèque Afrique, intègre une séquence de douze minutes longtemps disparue depuis la sortie initiale.

L’équation cannoise reste donc inchangée d’une année sur l’autre. Une présence africaine dans les sections de découverte et de mémoire mais son absence dans la course à la Palme. Cependant, des coproductions structurées comme Ben’Imana sont aujourd’hui financées majoritairement depuis le continent. Cela suggèrent qu’un autre modèle se met progressivement en place.

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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