Terrorisme : le Maroc se prépare au pire

Alors que la saison estivale débute, le Maroc s’est placé vendredi dernier en d’alerte maximum en raison de « menaces sérieuses d’action terroriste ». Rabat fait état d’informations de ses services de sécurité et de ses partenaires étrangers. La visite au Maroc de Nicolas Sarkozy, prévue cette semaine, a été reportée « à la demande des autorités marocaines pour des raisons de calendrier ».

Les forces de sécurité marocaines sont en état d’alerte « maximum », a indiqué vendredi le ministère de l’Intérieur, à Rabat, à l’issue d’une réunion de responsables de la police, des services de renseignement et des forces paramilitaires. « Ce niveau d’alerte indique une menace sérieuse d’action terroriste », a-t-il ajouté, sans préciser si elle était de nature islamiste. Le fait que le pays de tourisme qu’est le Maroc tienne des propos aussi clairs, pour la première fois et au début de la saison estivale, laisse présager du sérieux de la menace. Les autorités chérifiennes ont par ailleurs fortement insisté sur le rôle de la population, appelée à « plus de mobilisation » dans la lutte contre le terrorisme.

L’état d’alerte en matière de sécurité au Maroc est élevé depuis qu’un attentat islamiste a fait 45 morts en 2003 à Casablanca. Il a été augmenté en avril dernier, après que la capitale économique du royaume a de nouveau été la cible d’une série de sept attaques kamikazes qui avaient fait plusieurs blessés et causé la mort d’un policier en plus des terroristes. Elles avaient été revendiquées par Al Qaida Maghreb (ex Groupe salafiste pour la prédication et le combat), surtout actif en Algérie, et s’étaient soldées par de nombreuses arrestations.

Dialogue Maroc/USA

Vendredi, Mohieddine Amzazi, un haut fonctionnaire du ministère marocain de l’Intérieur, a déclaré à l’agence marocaine de presse (MAP) que son ministère « a reçu des renseignements concomitants, ces derniers jours, portant sur une menace assez sérieuse d’attentats terroristes visant le Maroc ». Un récent balai diplomatique de hauts responsables de la sécurité américains et européens aurait annoncé la nouvelle mesure.

Les canaux d’échange d’informations auraient donc bien fonctionné entre le royaume et ses partenaires, dont les Etats-Unis, qui a classé Rabat en 2004 parmi ses « alliées majeurs non Otan ». Au contraire, l’ambassade américaine avait été rappelée à l’ordre par le ministère des Affaires étrangères algérien, quelques jours après qu’un attentat eu fait plus de trente morts à Alger, le 11 avril dernier. La représentation diplomatique américaine avait publié un communiqué faisant état de nouvelles menaces, sur la capitale algérienne, que les autorités locales avaient qualifiées de « fantaisiste » et « inacceptable ».

Couper l’herbe sous le pied des terroristes

En plus des mesures de sécurité qu’il a adoptées, comme le déploiement de 2 000 agents à Casablanca, le royaume chérifien a annoncé en avril des réformes dans le champ religieux ainsi que des mesures économiques et sociales. L’objectif : couper l’herbe sous le pied des militants islamistes qui, comme en Algérie au début des années 1990, s’appuient sur le terreau social pour recruter leurs kamikazes. Les récents attentats et tentatives d’attentats de Grande-Bretagne rappellent néanmoins que les bombes humaines ne se recrutent pas seulement parmi les classes sociales déshéritées.

Dimanche, l’Elysée a annoncé que le président français Nicolas Sarkozy n’irait pas au Maroc dans le cadre de sa visite maghrébine, prévue cette semaine pour défendre son projet d’Union méditerranéenne. Cette étape aurait été retirée « à la demande des autorités marocaines pour des raisons de calendrier ». Elle a été reportée à octobre.