Supporters sénégalais détenus après la CAN 2025 : colère, incompréhension et solidarité au Sénégal


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Supporters Maroc et Sénégal
Supporters Maroc et Sénégal

L’affaire des supporters sénégalais emprisonnés à la suite de la finale mouvementée de la CAN 2025 a progressivement quitté le terrain sportif pour s’imposer dans le débat public. La grève de la faim entamée par les détenus agit comme un révélateur des inquiétudes liées à l’équité judiciaire, aux droits de la défense et à la protection des citoyens à l’étranger. Au Sénégal, l’émotion est vive et la solidarité s’organise, portée par un sentiment d’incompréhension.

A Dakar,

La décision de dix-huit supporters sénégalais incarcérés au Maroc d’entamer une grève de la faim après les incidents de la finale de la CAN 2025 continue de provoquer de fortes réactions au Sénégal. Accusés de hooliganisme à l’issue d’un match particulièrement tendu, ces supporters dénoncent des conditions de détention injustes et un procès sans garanties suffisantes. À Dakar comme ailleurs, cette affaire soulève des interrogations sur le respect des droits des ressortissants africains à l’étranger.

« On a l’impression qu’ils paient pour l’image »

Pour Mamadou, passionné de football depuis l’enfance, cette affaire est d’abord une profonde injustice. « On a l’impression qu’ils paient pour l’image, pas pour des faits clairement établis. Dix-huit personnes en prison après un match, c’est choquant », confie-t-il. Comme beaucoup, il dit ne pas minimiser les débordements mais estime que la réponse judiciaire est disproportionnée. « S’il y a des fautes, qu’on les juge équitablement, pas dans le flou ».

La question de la langue revient systématiquement dans les réactions. Awa, mère de famille, se dit profondément troublée par les témoignages des détenus. « Comment peut-on interroger quelqu’un sans interprète, surtout quand il ne maîtrise ni le français ni l’arabe ? C’est une violation claire de leurs droits », affirme-t-elle. Pour elle, la grève de la faim est un dernier recours. « Ils n’ont plus que leur corps pour se faire entendre ».

« Le football ne doit pas mener en prison »

Pour Cheikh, ancien joueur amateur, le sport devrait rester un espace de fraternité. « Le football, c’est la passion, parfois l’excès, mais ça ne doit pas mener en prison pour des semaines », déplore-t-il. Il rappelle que les scènes de tension dans les stades ne sont pas propres aux supporters sénégalais. « Partout dans le monde, il y a des débordements. La différence, c’est la façon dont on traite les gens après ».

Le report successif du procès alimente l’inquiétude. Fatou, étudiante, s’interroge sur la durée de la détention préventive. « Ils sont là depuis janvier, sans savoir exactement ce qu’on leur reproche. Chaque report est une épreuve de plus pour eux et leurs familles », explique-t-elle. Elle craint que le temps joue contre les supporters. « Plus ça dure, plus on banalise leur enfermement ».

« Le Sénégal doit se mobiliser davantage »

Pour Ibrahima, travailleur indépendant, cette affaire devrait être traitée au niveau diplomatique. « Le Sénégal doit se mobiliser davantage pour protéger ses citoyens à l’étranger », estime-t-il. Sans appeler à la confrontation, il souhaite une implication plus visible des autorités. « Il ne s’agit pas de nier la justice marocaine, mais de garantir un procès équitable et transparent ». Au-delà des supporters, l’affaire touche une corde sensible. Aminata y voit un symbole plus profond.

« Ce n’est plus seulement du football. C’est une question de dignité et de respect », dit-elle. Elle souligne que beaucoup de Sénégalais se projettent dans cette situation. « Quand on voyage, on peut tous se retrouver confrontés à une justice étrangère. Cette histoire nous concerne tous ». Pour Moussa, enseignant, la grève de la faim marque un tournant. « C’est un cri d’alarme. Personne ne fait ça par plaisir », analyse-t-il. Il redoute les conséquences sanitaires de cette décision. « On parle de jeunes hommes, mais la faim affaiblit vite. Il faut une solution rapide ».

Une finale de la CAN 2025 aux lourdes conséquences

Les incidents survenus lors de la finale entre le Maroc et le Sénégal restent gravés dans les mémoires. Penalty controversé, tension sur le terrain, envahissement des tribunes, la rencontre a dégénéré malgré la victoire sénégalaise. La CAF a depuis sanctionné les deux fédérations, mais pour de nombreux Sénégalais, les supporters détenus paient un prix bien plus lourd.

Alors que la prochaine audience est attendue, l’opinion publique sénégalaise reste suspendue à l’évolution du dossier. Entre espoir d’une libération, crainte pour la santé des grévistes de la faim et sentiment d’injustice, cette affaire continue d’alimenter un débat profond sur le sport, la justice et les droits humains.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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