
A Kordofan, au Soudan, plus de 200 000 personnes ont été déplacées depuis la fin de 2025, en raison des combats et les fortes pluies. Dans cette région située entre le Nil Blanc et le Darfour, les difficultés d’acheminement de l’aide humanitaire font craindre une aggravation de la situation.
La crise humanitaire continue de s’enfoncer au Soudan. Les affrontements entre les parties au conflit provoquent chaque semaine de nouveaux déplacements, tandis que les inondations saisonnières viennent alourdir le bilan humanitaire dans plusieurs régions. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 200 000 personnes ont été déplacées dans le Kordofan depuis la fin de l’année 2025.
Dans le Kordofan du Nord, les combats autour d’Um Arada, au sud-ouest d’El Obeid, ont contraint plus de 4 200 personnes à fuir leurs habitations au cours du dernier week-end. Dans l’État du Nil Bleu, les violences autour de Geissan ont provoqué le déplacement de quelque 7 800 personnes, dont certaines ont trouvé refuge en Éthiopie. Au Darfour-Ouest, près de 18 000 personnes ont également été déplacées durant la première moitié du mois d’août.
Les catastrophes climatiques aggravent la situation
À la violence s’ajoutent désormais les conséquences des intempéries. Dans le Darfour du Nord, de fortes pluies à Tawila ont détruit ou endommagé près de 1 350 habitations la semaine dernière, poussant plus de 1 000 familles à chercher refuge. Des inondations à Kabkabiya et Shangil Tobaya ont également contraint plusieurs familles à rejoindre des abris d’urgence.
À El Obeid, la situation est aggravée par les dommages causés aux infrastructures. L’intensification des combats et les frappes de drones contre le principal transformateur électrique de la ville ont entraîné de longues coupures de courant. L’alimentation en eau, les établissements de santé et les télécommunications en sont directement affectés.
« Les signaux d’alarme sont impossibles à ignorer », a alerté Amy Pope, directrice générale de l’OIM. Selon elle, les populations doivent désormais faire face simultanément à la violence, à la dégradation des services essentiels et aux conséquences des inondations.
Le Soudan compte actuellement 11,3 millions de personnes déplacées de force depuis le début du conflit en avril 2023, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Parmi elles, 6,5 millions sont déplacées à l’intérieur du pays et 4,6 millions ont trouvé refuge dans les États voisins.
Une aide humanitaire sous pression
Dans ce contexte, l’accès humanitaire reste difficile. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement, notamment à travers la mer Rouge et le détroit d’Ormuz, compliquent davantage l’acheminement des secours vers les populations les plus vulnérables.
Malgré ces contraintes, les agences humanitaires poursuivent leurs opérations. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a apporté une aide alimentaire à environ 2,3 millions de personnes dans l’ensemble du Darfour au cours du mois dernier. L’OIM a, de son côté, acheminé 1 750 tonnes de fournitures humanitaires au cours des dernières 72 heures, dont 17 750 kits d’hygiène et 850 tentes. Plus de 110 000 personnes ont déjà bénéficié de cette assistance, un chiffre qui devrait dépasser 400 000 dans les prochains jours.
Mais les besoins restent largement supérieurs aux moyens disponibles. L’appel humanitaire des Nations unies pour le Soudan n’est actuellement financé qu’à environ 41 %, avec 1,2 milliard de dollars reçus sur les 2,9 milliards nécessaires.
Le Soudan sombre dans une guerre civile
Depuis avril 2023, le Soudan est déchiré par une violente guerre civile qui oppose les Forces armées soudanaises (FAS) du général Abdel Fattah al-Burhan aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Daglo.
Né d’une lutte pour le pouvoir entre ces deux anciens alliés, le conflit s’est étendu à de multiples régions. Depuis, des zones urbaines comme Khartoum sont devenues des champs de bataille avec des atrocités massives, des violences ethniques et des destructions généralisées d’infrastructures à travers le pays.
Cette guerre a engendré la plus grave crise de déplacement et humanitaire au monde selon l’ONU, avec près de 13 millions de personnes déplacées ou réfugiées et une famine qui menace des millions de civils. Malgré les médiations menées pour désamorcer cette crise qui ne cesse d’enfoncer le pays dans de chaos, aucun des deux camps ne semble disposé à céder sur le terrain et les crépitements de balles ainsi que les fortes détonations continuent à se faire entendre.




