
Au moins 26 personnes ont été tuées et 82 blessées dans de violents affrontements entre Ngok Dinka et Misseriya dans la région disputée d’Abyei, à la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud. Ces violences ont éclaté au marché commun d’Amiet, un espace créé justement pour favoriser la coexistence entre les deux communautés.
La région d’Abyei traverse un nouvel épisode meurtrier. Des affrontements entre membres des communautés Ngok Dinka et Misseriya ont fait au moins 26 morts et 82 blessés, selon un bilan arrêté au 16 septembre par la Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abyei (UNISFA).
Les violences ont éclaté le 15 septembre au marché commun d’Amiet, l’un des principaux centres économiques de cette zone disputée entre le Soudan et le Soudan du Sud. Deux meurtres distincts avaient précédé les affrontements, selon l’ONU, celui d’un Ngok Dinka le 14 septembre, puis celui d’un Misseriya le lendemain. Ces deux décès ont attisé les tensions entre les communautés, jusqu’à l’embrasement du 15 septembre.
Un marché pensé pour la paix, transformé en champ de bataille
Développé à partir de 2016, le marché d’Amiet devait permettre aux Ngok Dinka et aux Misseriya de continuer à commercer malgré leurs différends. L’UNISFA le présente comme le principal espace où les deux communautés se côtoient au quotidien dans la région d’Abyei.
Depuis plusieurs années, le marché sert aussi d’outil de pacification locale, avec des mécanismes conjoints de règlement des différends chargés de traiter les vols de bétail, les compensations après un meurtre ou les conflits entre commerçants. Que les violences aient précisément éclaté dans cet espace expose la fragilité de ces dispositifs censés empêcher les représailles.
Après les affrontements, l’UNISFA a renforcé ses effectifs autour du marché, aujourd’hui fermé, et déployé des troupes supplémentaires. Le commandant de la mission, le général de division Ganesh Kumar Shrestha, a appelé les deux communautés à privilégier le dialogue. Selon l’UNISFA, des discussions ont été engagées avec les chefs des deux communautés, qui auraient réaffirmé leur volonté de désamorcer la situation.
Un scénario qui rappelle juillet 2025
Ce n’est pas la première fois que le marché d’Amiet est le théâtre de tels affrontements. En juillet 2025, une attaque contre un poste du comité mixte de protection avait déjà déclenché des violences intercommunautaires dans cette même zone. Le 26 juillet, l’UNISFA avait réuni à Todach 42 représentants des deux communautés, parmi lesquels le chef suprême des Ngok Dinka et le chef adjoint des Misseriya. Les participants avaient condamné les violences, promis de coopérer à l’arrestation des responsables, de renoncer à toute représaille et de renforcer la sécurité du marché.
Un second engagement avait suivi en avril 2026. Réunis de nouveau à Todach sous l’égide du comité communautaire mixte pour la paix, des représentants Misseriya et Ngok Dinka avaient signé une déclaration d’intention visant à limiter la prolifération des armes non autorisées autour du marché d’Amiet. Ce texte avait été salué par plusieurs analystes régionaux de la sécurité comme un signal de désescalade locale, tout en étant jugé insuffisant pour traiter les causes structurelles du conflit.
Les affrontements du 15 septembre exposent les limites de ces engagements. Malgré les promesses de coopération judiciaire et les restrictions annoncées sur la circulation des armes, la violence est repartie du lieu même que ces accords successifs visaient à protéger.
Abyei, un conflit territorial toujours sans issue
Cette flambée de violence s’inscrit dans le contexte plus large du statut irrésolu d’Abyei. Cette région riche en ressources est revendiquée par Khartoum et par Juba depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011. Une force de l’ONU y est déployée pour protéger les civils et maintenir la zone démilitarisée, en attendant un règlement politique qui tarde à venir.
Les Ngok Dinka vivent de façon sédentaire dans la région et gardent des liens étroits avec le Soudan du Sud. Les Misseriya, éleveurs nomades, s’y déplacent de façon saisonnière avec leur bétail. Les rivalités autour des pâturages, des points d’eau et de la circulation du bétail y provoquent régulièrement des tensions.
Cette fois, une série de meurtres a suffi à raviver les tensions. Le bilan, particulièrement lourd, a été enregistré au cœur même du marché d’Amiet, l’endroit précis où les deux communautés avaient justement tenté de construire une coexistence durable.




