
Au Soudan, deux attaques de drones ont coûté la vie à 28 civils dans les régions du Darfour et du Kordofan. Ces frappes, menées à plusieurs centaines de kilomètres de distance, traduisent l’intensification d’une guerre qui se technologise rapidement. Les populations civiles, déjà fragilisées, se retrouvent désormais en première ligne face à ces nouvelles formes de violence.
Le conflit soudanais franchit un nouveau palier dans sa brutalité. Alors que les combats opposent l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), l’usage croissant de drones transforme profondément la nature des affrontements. Ces engins, relativement accessibles et redoutablement efficaces, permettent de frapper à distance des zones civiles, rendant le quotidien encore plus imprévisible et dangereux. Dans ce contexte, marchés, axes routiers et zones rurales deviennent des cibles potentielles, accentuant une crise humanitaire déjà hors de contrôle
Un marché transformé en brasier à Saraf Omra
Le premier drame s’est noué au Darfour-Nord, dans la ville de Saraf Omra. Un drone a visé un camion-citerne stationné en plein cœur du marché local, déclenchant un incendie dévastateur qui a rapidement balayé les étals. Le bilan est insoutenable : 22 personnes ont perdu la vie, dont un nourrisson. Hamid Suleiman, un vendeur rescapé, témoigne de la violence de l’explosion qui a ravagé ce centre névralgique de la région. En plus des décès, 17 blessés ont été admis dans des structures de santé locales déjà à bout de souffle, peinant à soigner les victimes de cette guerre de haute technologie qui s’invite dans les zones les plus reculées.
Terreur sur les routes stratégiques du Kordofan
Le même jour, le Kordofan-Nord a été le théâtre d’une seconde tragédie. Un drone a pris pour cible un camion circulant sur l’axe routier reliant El-Rahad à Um Rawaba, une zone sous contrôle de l’armée régulière. L’attaque a transformé le véhicule en carcasse calcinée et tué six passagers sur le coup. Les sources médicales de l’hôpital d’El-Rahad décrivent des scènes d’horreur avec des corps brûlés au-delà de toute identification. Cette route est un enjeu majeur car elle constitue un segment de l’autoroute stratégique est-ouest qui relie le Darfour aux bastions de l’armée dans l’est du pays. Les Forces de soutien rapide (FSR) sont pointées du doigt par les autorités sanitaires locales pour cette opération précise.
L’escalade dévastatrice des armes à bas coût
L’usage massif de drones modifie radicalement le visage de cette guerre civile qui a déjà déplacé 11 millions de personnes. Selon les données des Nations unies, plus de 500 civils ont été fauchés par ces engins entre janvier et la mi-mars 2026. L’ONU dénonce l’impact dévastateur de ces armes relativement bon marché mais capables de semer la mort de manière chirurgicale dans des zones denses. Cette escalade ne se limite plus aux frontières soudanaises, puisque des frappes ont récemment touché la ville tchadienne de Tiné, poussant N’Djamena à mobiliser son armée le long de la frontière. Malgré les tentatives de médiation de l’envoyé spécial Pekka Haavisto, les appels à la trêve restent ignorés par les belligérants qui poursuivent leur logique de destruction réciproque.



