
La prise d’al-Kurmuk par les Forces de soutien rapide, appuyées par le SPLP-N d’Abdelaziz el Hilu, change la donne dans la guerre civile soudanaise. Au-delà de l’avancée militaire, les autorités du Nil Bleu accusent ouvertement l’Éthiopie d’avoir servi de base arrière à l’offensive, faisant planer le spectre d’une internationalisation du conflit.
La guerre civile qui déchire le Soudan vient de franchir un nouveau palier dans l’État du Nil Bleu. Le 24 mars, les Forces de soutien rapide (FSR) ont officiellement annoncé la prise d’al-Kurmuk, une localité stratégique située à la lisière de la frontière éthiopienne. Cette avancée, réalisée en coalition avec le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLP-N) d’Abdelaziz el Hilu, a contraint l’armée régulière soudanaise à un repli vers sa base de Damazin, la capitale provinciale. Au-delà du simple gain territorial, cette offensive remet brutalement sur le devant de la scène le rôle trouble que jouerait Addis-Abeba dans le conflit.
Une offensive coordonnée depuis le territoire voisin
Les autorités locales du Nil Bleu ne mâchent pas leurs mots et dénoncent une véritable agression extérieure. Selon un communiqué officiel, les assaillants ne se sont pas contentés de manœuvrer au Soudan, mais auraient lancé leurs opérations directement depuis l’intérieur du territoire éthiopien.
Le gouverneur de la région, Abdelatty al-Faki, a fustigé une « invasion » caractérisée, précisant que des colonnes de véhicules militaires ont été aperçues arrivant depuis l’aéroport d’Arosa, en Éthiopie. Cette situation a provoqué un exode massif de civils, pris entre deux feux, dont une partie tente de trouver refuge vers Damazin tandis que d’autres traversent paradoxalement la frontière vers l’Éthiopie pour échapper aux combats.
Les preuves de l’implication d’une base arrière à Menge
Le faisceau de présomptions s’alourdit avec des témoignages de terrain et des analyses techniques. Un officier soudanais a affirmé avoir capturé 75 combattants affiliés au groupe 147 du SPLP-N, sous les ordres de Joseph Toka, qui seraient venus d’Éthiopie pour prêter main-forte aux FSR.
Ces déclarations corroborent des alertes lancées dès octobre 2025 par Mustapha Tambour, un allié de l’armée régulière, concernant l’existence d’un camp d’entraînement en sol éthiopien destiné à former des milliers de miliciens. L’analyse d’images satellitaires semble confirmer l’existence d’une infrastructure militaire active à Menge, dans la région éthiopienne de Benishangul-Gumuz. Des mouvements fréquents d’avions-cargos, soupçonnés de provenir des Émirats arabes unis, y ont été détectés malgré les démentis formels d’Addis-Abeba.
Al-Kurmuk, un verrou stratégique aux enjeux multiples
La perte d’al-Kurmuk constitue un revers cuisant pour l’état-major soudanais. Perchée en hauteur, la ville domine des axes routiers vitaux reliant le Nil Bleu à l’État de Sinnar, ainsi qu’au Soudan du Sud et à l’Éthiopie. Sa proximité avec le bassin du barrage de Roseires en fait également un point de contrôle crucial pour les ressources en eau de la région.
En s’emparant de ce verrou, les FSR et leurs alliés sécurisent non seulement une route d’approvisionnement potentielle vers l’étranger, mais ils modifient aussi durablement le rapport de force militaire dans le sud-est du pays, isolant davantage les garnisons gouvernementales.




