Mali : Assimi Goïta réapparaît après les attaques du 25 avril


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Assimi Goita recevant l'ambassadeur russe
Assimi Goita recevant l'ambassadeur russe

Le général Assimi Goïta est réapparu publiquement ce mardi 28 avril, trois jours après les attaques coordonnées du 25 avril qui ont frappé plusieurs villes du Mali, dont Bamako, Kati, Mopti, Gao et Kidal. Cette sortie très attendue intervient dans un climat de forte tension sécuritaire, marqué par la mort du ministre de la Défense Sadio Camara et par les interrogations sur la capacité du régime militaire à reprendre la main.

28 avril 2026. Il aura fallu trois jour pour voir réapparaitre le président de la Transition malienne, le général Assimi Goïta, alors que les supputations allaient bon train. Le chef de l’Etat malien a rendu visite aux victimes des attaques du 25 avril et reçu l’ambassadeur de la Russie dont le soutien limité était au centre de nombreuses critiques.

Hommage à Sadio Camara, figure centrale du régime

Selon la Présidence malienne, le chef de la Transition s’est d’abord rendu au CHU Bocar Sidi Sall, où sont soignés des blessés civils et militaires touchés lors des combats. Accueilli par la ministre de la Santé, le colonel-major Assa Badiallo Touré, Assimi Goïta a adressé ses encouragements au personnel soignant et souhaité un prompt rétablissement aux victimes. Cette visite visait à afficher la solidarité de l’État avec les forces engagées sur le terrain et les populations affectées.

Le président de la Transition s’est ensuite rendu au domicile de Sadio Camara pour présenter ses condoléances à sa famille. Figure majeure de la junte arrivée au pouvoir en 2020 puis consolidée en 2021, Sadio Camara était considéré comme l’un des piliers sécuritaires du régime et un artisan du rapprochement stratégique avec la Russie. Sa disparition représente un choc politique majeur pour Bamako. En promettant de « parachever son combat pour la sécurisation de l’ensemble du territoire national », Assimi Goïta cherche aussi à rassurer les partisans du pouvoir et à montrer une continuité de commandement malgré la perte d’un allié central.

Mali : la réapparition d’Assimi Goïta après les attaques

Depuis les attaques du 25 avril, l’absence publique du chef de l’État malien alimentait rumeurs et spéculations. Certains observateurs s’interrogeaient sur sa sécurité personnelle, notamment après les assauts signalés près de Kati, ville-garnison stratégique où résident plusieurs dirigeants militaires. Sa réapparition met fin à ces interrogations et vise à restaurer l’image d’un pouvoir toujours aux manettes.

Les attaques ont été revendiquées par le JNIM, organisation terroriste affiliée à Al-Qaïda, tandis que des groupes rebelles du nord ont également participé avec une coordination qui a surpris. L’ampleur et la simultanéité des opérations ont révélé les vulnérabilités persistantes du dispositif sécuritaire malien.

La Russie en soutien affiché

Autre séquence symbolique de la journée : Assimi Goïta a reçu l’ambassadeur de Russie au Mali, Igor Gromyko. Moscou a réaffirmé son soutien à Bamako dans la lutte contre le terrorisme et salué l’action conjointe des forces maliennes et russes. Ce message vise à montrer que malgré la crise, le partenariat militaire entre les deux pays demeure intact. Cette rencontre cherche, en effet, à couper court aux critiques faisant état d’un désengagement de la Russie à un moment crucial où le Mali avait le plus besoin d’elle. Il faut dire que la Russie n’a pas augmenté la présence de ses troupes au Mali, environ 2000 hommes, malgré la recrudescence du conflit.

L’audience permet, en outre aux autorités maliennes d’afficher qu’elles ne sont pas isolées sur la scène internationale malgré les critiques de certains partenaires occidentaux. Pour la Russie, ce soutien public confirme sa volonté de conserver une influence stratégique croissante au Sahel. Depuis la rupture progressive entre Bamako et plusieurs capitales européennes, Moscou s’est imposée comme un acteur central de l’appui sécuritaire malien. En recevant rapidement le diplomate russe, Assimi Goïta envoie enfin un signal politique clair : son régime entend poursuivre sans inflexion l’alliance nouée avec le Kremlin.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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