
Au Mali, la chute de Kidal et les critiques contre l’Africa Corps fissurent le récit d’une Russie protectrice. En Ukraine, l’armée de Vladimir Poutine reste enfermée dans une guerre longue et coûteuse. Deux terrains sans lien direct, mais une même limite qui apparaît : Moscou pèse militairement, sans parvenir à imposer une victoire durable.
Le Mali devait incarner la réussite africaine de Vladimir Poutine. Après le départ des forces françaises et de la MINUSMA, la junte d’Assimi Goïta a fondé une part de sa légitimité sur une promesse simple : avec la Russie, la sécurité reviendrait. Ainsi, Wagner d’abord, puis l’Africa Corps, structure liée au ministère russe de la Défense, devaient incarner une alternative plus efficace, plus offensive et plus “souveraine” que les partenariats occidentaux.
À Kidal, la vitrine malienne de Moscou se brise
Les attaques coordonnées des 25 et 26 avril 2026 ont brutalement mis ce récit à l’épreuve. Le JNIM, affilié à al-Qaïda, et les rebelles touareg du Front de libération de l’Azawad ont frappé plusieurs points sensibles du pays. En outre, le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, figure clé du rapprochement avec Moscou, a été tué lors d’une attaque près de Bamako.
Le choc est encore plus fort à Kidal. Reprise en 2023 avec l’appui de Wagner, la ville était devenue un symbole central de la reconquête territoriale mise en scène par la junte. Sa perte, suivie du retrait de l’Africa Corps après de violents combats, efface l’un des rares succès militaires revendiqués par Bamako.
Le doute s’installe dans l’opinion
Dès lors, ce revers dépasse le terrain militaire. Il atteint directement le discours politique construit autour du partenariat russe et propogé par la puissante machine médiatique du Kremlin.
Désormais, sur les réseaux sociaux et dans les cercles politiques, des voix accusent déjà les forces russes de s’être retirées trop vite, voire d’avoir laissé les soldats maliens exposés. Le Monde rapporte qu’au moins 400 paramilitaires de l’Africa Corps ont été évacués de Kidal sous escorte, tandis que des soldats maliens restaient prisonniers dans la ville.
Pour Bamako, le symbole est lourd. La Russie était présentée comme l’allié décisif d’une souveraineté retrouvée. Elle apparaît désormais comme un partenaire aux priorités propres, capable de se retirer lorsque le rapport de force se dégrade laissant l’armée malienne affronter seule le danger.
Le Guardian souligne d’ailleurs les limites de cette transformation : depuis le passage de Wagner à l’Africa Corps, la présence russe est jugée moins autonome, moins aguerrie et moins efficace.
Ukraine : une puissance militaire sans victoire politique
Le parallèle avec l’Ukraine n’est pas immédiat, mais il éclaire une même difficulté russe.
Au Mali, Moscou soutient un régime confronté à des groupes jihadistes et séparatistes. En Ukraine, elle mène une guerre d’invasion contre un État souverain. Pourtant, dans les deux cas, une limite apparaît clairement : la supériorité militaire ne suffit pas à produire une victoire politique.
En Ukraine, la Russie conserve une puissance de feu considérable et poursuit ses frappes contre les villes et les infrastructures. Mais plus de quatre ans après l’invasion de février 2022, le Kremlin n’a pas atteint ses objectifs stratégiques.
Le conflit s’est même déplacé sur le territoire russe. Les drones ukrainiens visent régulièrement raffineries, ports pétroliers et infrastructures énergétiques. Le 28 avril 2026, une nouvelle attaque a touché la raffinerie de Tuapse, sur la mer Noire. Alors que le conflit en Iran permettait de desserrer les sanctions sur le pétrole russe, les frappes ukrainiennes réduise fortement la production empéchant Poutine de profiter des circonstances favorables.
Une puissance redoutée, mais moins crédible
Au Mali comme en Ukraine, la Russie reste une puissance dangereuse, capable de frapper, de déstabiliser et d’imposer un rapport de force. Mais les événements récents montrent une autre réalité : Moscou peine à sécuriser durablement les territoires où elle s’engage.
À Kidal, l’Africa Corps n’a pas empêché la perte d’une ville symbole. En Ukraine, l’armée russe s’enlise dans un conflit long et coûteux, qui atteint désormais son propre territoire.
Pour les régimes africains tentés par le modèle russe, encore récemment Madagascar par exemple, le message est tangible : Moscou peut aider à reprendre une ville ou soutenir un pouvoir. Mais stabiliser un pays, reconstruire un État et gagner une guerre asymétrique demandent bien davantage que des mercenaires, des blindés et un discours anti-occidental.
De Kidal au front ukrainien, la Russie ne disparaît pas du jeu. Elle continue d’impressionner, parfois de faire peur. Mais elle rassure de moins en moins.



