Soudan : mille jours dans l’enfer d’une guerre que le monde oublie


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Le chaos au Soudan
Le chaos au Soudan

Mille jours de guerre ont suffi à plonger le Soudan dans l’une des pires crises humanitaires contemporaines. Le pays, ravagé par des affrontements incessants, concentre aujourd’hui une part majeure de la détresse humaine mondiale, selon les Nations unies. Déplacements massifs, famine et violences généralisées rythment le quotidien de millions de civils.

Dans un silence diplomatique de plus en plus assourdissant, le conflit soudanais semble désormais relégué aux marges de l’attention internationale.

Une tragédie humanitaire aux chiffres vertigineux

Le bilan humain de ces mille jours d’affrontements est proprement apocalyptique. Selon les dernières données, plus de 21 millions de Soudanais sont aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Le pays fait face à la plus vaste crise de déplacements de population au monde, avec 9,3 millions de déplacés internes et plus de 4 millions de réfugiés ayant fui vers les pays voisins.

Les enfants et les femmes sont les premières victimes de cette barbarie. L’UNICEF rapporte que 5 000 enfants sont déracinés chaque jour, tandis que les violences sexuelles contre les femmes et les filles sont devenues endémiques. Dans certaines régions comme le Kordofan, des populations entières sont prises au piège, privées de nourriture et de médicaments, sans aucune issue possible.

L’échec patent de la diplomatie internationale

Sur le front politique, l’horizon est totalement bouché. Les initiatives de paix se succèdent et échouent les unes après les autres. Le processus de Djeddah est au point mort, et le quartet formé par les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte ne se réunit plus. L’armée régulière refuse d’être traitée sur un pied d’égalité avec les Forces de soutien rapide (FSR), qu’elle considère comme des insurgés à éradiquer.

L’absence de pression réelle de la part de grandes puissances comme Washington est vivement critiquée. Alors que d’autres conflits captent l’attention médiatique et financière, le Soudan souffre d’un manque criant de financement humanitaire : en 2025, à peine plus d’un tiers des fonds nécessaires ont été récoltés.

Un conflit alimenté par des intérêts régionaux

Si la guerre dure, c’est aussi parce que de nombreux acteurs étrangers soufflent sur les braises. Plusieurs pays sont accusés de violer l’embargo sur les armes pour servir leurs intérêts économiques. Les Émirats arabes unis sont régulièrement pointés du doigt pour leur soutien aux FSR, tandis que des réseaux de trafic de matériel militaire transitent par la Libye, le Tchad ou encore l’Éthiopie.

Cependant, les lignes bougent. L’Égypte, alliée historique de Khartoum, a récemment durci le ton, menaçant de s’impliquer militairement pour préserver l’unité du pays. De son côté, l’armée soudanaise tente de reprendre l’initiative en frappant les convois d’armes à ses frontières, espérant briser l’élan des paramilitaires qui dominent encore de vastes zones au Darfour et au Kordofan. Après mille jours de chaos, le Soudan reste une plaie ouverte au cœur de l’Afrique, dont personne ne semble avoir la clé.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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