
La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a annoncé ce jeudi de nouvelles sanctions ciblant six acteurs clés du conflit soudanais. Une décision prise au retour d’un déplacement sensible à la frontière tchadienne, où elle a rencontré des rescapées de violences sexuelles.
Le Royaume-Uni intensifie sa pression sur les belligérants. Ce jeudi 5 février, Londres a gelé les avoirs de six individus accusés d’alimenter la « machine de guerre » au Soudan, théâtre de ce que l’OMS qualifie désormais de pire crise humanitaire du siècle.
Cette offensive diplomatique fait suite à la visite d’Yvette Cooper au poste-frontière d’Adré (Tchad), point de passage névralgique pour des centaines de milliers de réfugiés. Sur place, la cheffe de la diplomatie britannique a recueilli des témoignages glaçants. Elle a rencontré des femmes violées laissées pour mortes et dont les enfants ont été exécutés par les milices.
Des généraux aux recruteurs colombiens
Pour la première fois, les sanctions britanniques frappent simultanément l’ensemble de la chaîne de commandement et de financement. Et cela sans épargner l’armée régulière. Abu Aqla Mohamed Kaikal, commandant des Forces armées soudanaises (SAF) et chef des Sudan Shield Forces, est ainsi ciblé pour les atrocités commises dans l’État d’El Gezira début 2025. Une rupture notable, Londres s’étant jusque-là concentré sur les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF).
Le volet financier est également visé. Ainsi, une sanction pour son rôle central dans le financement des RSF vise Mustafa Ibrahim Abdel Nabi Mohamed, directeur de la banque al-Khaleej.
Fait marquant, la liste noire inclut désormais trois ressortissants colombiens. Ces intermédiaires sont accusés d’avoir orchestré le recrutement d’anciens militaires sud-américains pour entraîner et combattre aux côtés des troupes du général Hemedti. Cette internationalisation du conflit inquiète de plus en plus les chancelleries occidentales.
« Démanteler la machine de guerre »
Ces mesures s’ajoutent à celles adoptées en décembre 2025 contre quatre commandants des RSF, dont Abdul Rahim Hamdan Dagalo. Elles impliquent un gel immédiat des avoirs et une interdiction de territoire britannique.
« Nous devons nous assurer que ceux qui ordonnent ces atrocités, comme les profiteurs cyniques qui inondent le pays d’armes et de mercenaires, paient le prix fort », a martelé Yvette Cooper.
Le timing est stratégique : le Royaume-Uni assure en février la présidence tournante du Conseil de sécurité de l’ONU. Troisième donateur bilatéral avec 146 millions de livres d’aide cette année, Londres compte utiliser cette tribune pour remobiliser une communauté internationale souvent accusée d’indifférence face au drame soudanais.




