Soudan du Sud : les premières élections depuis l’indépendance ravivent le conflit oublié d’Abyei


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Marché d'Amiet à Abyei Photo UNDP la frontière du Soudan et du Soudan du sud
Marché d'Amiet à Abyei à la frontière du Soudan et du Soudan du sud Photo: UNDP/Kymberly Bays

Le Soudan du Sud doit tenir le 22 décembre ses premières élections générales depuis son indépendance en 2011. En y intégrant le territoire contesté d’Abyei, Juba s’est attiré les protestations de Khartoum, qui a porté le différend devant le Conseil de sécurité de l’ONU le 5 novembre, quelques semaines après une frappe de drones meurtrière dans la zone.

Repoussées à plusieurs reprises, les premières élections du plus jeune État d’Afrique doivent consolider une indépendance acquise en juillet 2011. Elles raniment aussi l’un des contentieux que la partition du Soudan a laissés en suspens, celui d’Abyei.

Le 5 novembre, devant le Conseil de sécurité, les représentants des deux pays se sont opposés sur la question, rapporte Sudan Tribune. Le diplomate soudanais Al-Harith Idriss Al-Harith Mohamed a dénoncé la décision de la commission électorale sud-soudanaise d’inclure Abyei dans ses circonscriptions, qu’il juge contraire aux accords bilatéraux. Son homologue sud-soudanais a répondu que les droits des Ngok Dinka, en particulier des neuf chefferies ngok, ne pouvaient être ignorés.

Un référendum jamais organisé

Les accords de paix de 2005 prévoyaient qu’Abyei, à cheval sur la frontière, choisisse son rattachement par un référendum tenu en même temps que celui sur l’indépendance du Sud, en janvier 2011. Ce vote n’a jamais eu lieu, faute d’accord sur le corps électoral. Les Ngok Dinka, sédentaires et largement favorables au Sud, revendiquent le droit de vote, que réclament aussi les Misseriya, éleveurs liés au Nord qui traversent la région chaque saison avec leurs troupeaux.

En 2012, le groupe de haut niveau de l’Union africaine a proposé d’organiser ce référendum en octobre 2013. Le plan, accepté par Juba, s’est heurté au refus de Khartoum. Le territoire garde en outre un intérêt économique, par son pétrole et sa position sur les axes de circulation entre les deux pays.

Le risque d’un fait accompli

Voter aux élections sud-soudanaises ne vaudrait pas autodétermination au sens juridique. Mais l’élection de représentants d’Abyei dans les institutions de Juba ancrerait de fait le territoire dans la vie politique du Sud, ce que Khartoum veut éviter. Le Soudan a protesté officiellement le 13 juillet et Juba a confirmé son projet quatre jours plus tard, selon Security Council Report. Le Soudan du Sud invoque le protocole d’Abyei de 2005, qui reconnaît aux habitants une double appartenance régionale, et rappelle qu’ils avaient voté en 2010 sans objection de quiconque.

Le scrutin lui-même reste fragile. Salva Kiir a dissous le gouvernement de transition et le Parlement le 22 septembre, tandis que son rival Riek Machar, assigné à résidence, est jugé pour trahison et meurtre, des accusations qu’il rejette. L’enregistrement des électeurs et la sécurité du vote inquiètent toujours les observateurs.

La guerre soudanaise aux portes d’Abyei

Le différend survient alors que le Soudan est ravagé par la guerre entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR). Le 19 octobre, des frappes de drones ont touché le marché d’Amiet, au nord de la ville d’Abyei, fréquenté par les Ngok Dinka comme par les Misseriya. Un responsable sud-soudanais a fait état d’au moins 153 morts et mis en cause l’armée soudanaise. Un officier soudanais, sous couvert d’anonymat, a affirmé que les frappes visaient des camions-citernes destinés aux FSR.

Devant le Conseil de sécurité, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Corne de l’Afrique, Guang Cong, a qualifié l’attaque d’un des incidents les plus meurtriers de l’histoire d’Abyei et réclamé une enquête rapide et indépendante. Il a relevé que la question électorale attisait aussi les tensions entre Ngok Dinka et Twic Dinka, et appelé les deux gouvernements à la retenue.

Le mandat de la Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abyei (FISNUA), chargée de protéger les civils et de veiller à la démilitarisation du territoire, expire le 15 novembre. Le Conseil de sécurité doit se prononcer sur son renouvellement à cinq semaines du scrutin, alors que Guang Cong a mis en garde contre un vide sécuritaire qui compromettrait les efforts de paix.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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