
Le 17 octobre, devant une promotion d’élèves officiers réunis à l’Académie militaire égyptienne, Abdel Fattah al-Sissi a fixé une échéance à son propre pouvoir. Le président, âgé de 71 ans, a assuré que la période menant à 2030 marquerait la fin de son mandat, « si je suis toujours en vie ». Il a ajouté que la question était « parfaitement réglée » et qu’elle ne serait pas discutée.
En 2013, alors ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi avait conduit la destitution de Mohamed Morsi en affirmant ne viser aucune fonction politique. Il était élu président l’année suivante. Une révision constitutionnelle adoptée en 2019 a ensuite porté le mandat à six ans et lui a permis de se représenter en 2023. À chaque scrutin, ses scores ont dépassé 89% des suffrages. Aujourd’hui, le dirigeant dit décidé à lâcher le pouvoir, en 2030.
Une école pour fabriquer des présidents
Le plus étonnant se trouve dans la suite du discours. Le chef de l’État a détaillé la manière dont seront repérés ceux qui pourraient lui succéder. Il cible des diplômés de doctorat âgés de 40 à 50 ans, formés en Égypte ou à l’étranger. Ils suivraient pendant trente mois un cursus à l’Académie militaire pour comprendre « ce qu’est l’État, ce que sont les institutions et comment les protéger ». Le programme pourrait accueillir jusqu’à mille candidats triés sur le volet.
Sissi a précisé que ces futurs dirigeants ne seraient « ni des traîtres ni des criminels » et qu’il partirait seulement lorsqu’il les jugerait prêts. Autrement dit, l’institution militaire deviendrait le passage obligé vers le sommet de l’État. Le futur président serait donc civil sur le papier, mais formé sous l’uniforme.
Au Sahel, les juntes ont choisi la prolongation
Cette annonce prend un relief particulier vu d’Afrique de l’Ouest. Au Sahel, les militaires arrivés au pouvoir par la force n’ont pas cherché à préparer leur départ. Ils ont surtout allongé leur séjour. Assimi Goïta du Mali s’est vu attribuer en 2025 un mandat de cinq ans renouvelable. Au Burkina Faso, la transition a été prolongée jusqu’en 2029. Au Niger, le général Abdourahamane Tiani a obtenu une période de transition de cinq ans à partir de 2025.
Le Caire propose un autre modèle, plus discret. L’armée égyptienne ne cherche pas à garder un homme à vie, elle veut garder la main sur le choix de son remplaçant. La méthode permet d’afficher une alternance tout en verrouillant l’accès au pouvoir. Pour les juntes sahéliennes, qui cherchent une porte de sortie respectable, ce schéma pourrait devenir une source d’inspiration, ce qui inquiète déjà les défenseurs de la démocratie.
Dakar, l’exception par les urnes
Le Sénégal offre un contraste net avec ces trajectoires. En mars 2024, Bassirou Diomaye Faye, âgé de 44 ans et issu de l’administration fiscale, a été élu au premier tour, quelques jours après sa sortie de prison. Le pays a connu plusieurs alternances par les urnes depuis 2000. Ici, personne n’a eu besoin d’une académie militaire pour désigner un dirigeant. Ce sont les électeurs qui ont tranché, dans un scrutin dont le camp sortant a accepté les résultats.
Aujourd’hui, la question est de savoir à savoir si Sissi tiendra parole. En 2014, il avait promis de ne pas toucher à la Constitution. Cinq ans plus tard, il en approuver la révision. Sa nouvelle promesse arrive plus de quarante mois avant l’échéance. Ce qui laisse le temps de changer d’avis. Pour les Égyptiens, la vraie question porte sur la place que l’armée laissera aux civils dans le choix du prochain président.








