
Vingt-six employés de Médecins sans frontières sont portés disparus dans l’État du Jonglei, au Soudan du Sud, après une flambée de combats entre factions rivales. L’ONG a perdu tout contact avec ses équipes dans un contexte de violences croissantes et d’effondrement sécuritaire. L’ONU redoute une reprise généralisée de la guerre civile. La situation humanitaire se dégrade rapidement dans plusieurs provinces du pays.
Le Soudan du Sud s’enfonce à nouveau dans une spirale de violences incontrôlables. Ce lundi 2 mars 2026, l’organisation Médecins sans frontières (MSF) a tiré la sonnette d’alarme après la disparition de plus d’une vingtaine de ses collaborateurs dans l’État du Jonglei. Cette annonce intervient alors que les Nations unies multiplient les mises en garde face à la recrudescence des massacres de civils et au risque imminent d’une reprise généralisée du conflit armé à travers le pays.
Silence radio et exode forcé dans le Jonglei
L’ONG MSF a officiellement annoncé avoir perdu tout contact avec 26 de ses employés sur les 291 déployés dans la région stratégique du Jonglei, au centre-est du pays. Ces travailleurs humanitaires, qui opéraient dans les localités de Lankien et de Pieri, sont portés disparus depuis que les combats entre factions rivales ont atteint un pic d’intensité. L’insécurité persistante et la destruction des réseaux de communication empêchent toute localisation précise de ces personnels.
La situation médicale est devenue critique dans ces zones où MSF a été contrainte de suspendre ses activités. Il y a trois semaines, l’un de ses centres à Lankien avait déjà été la cible d’une frappe aérienne gouvernementale. Selon l’organisation, nombre de ses collaborateurs ont fui avec leurs familles vers des zones reculées et marécageuses, où l’accès à l’eau potable et à la nourriture est quasi inexistant, faisant craindre un drame humanitaire parmi ceux-là mêmes qui apportaient des soins.
Une vague de violences aveugles au nord du pays
Parallèlement aux disparitions dans le Jonglei, une nouvelle tuerie a ensanglanté la province du Ruweng, près de la frontière soudanaise. Dimanche matin, des jeunes armés non identifiés ont pris d’assaut le siège du comté d’Abiemnom. La Mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss) évoque des dizaines de morts, incluant des civils et des responsables administratifs locaux. Cette attaque, non revendiquée, illustre l’incapacité des autorités à contenir des éléments incontrôlés.
Le spectre d’une guerre civile totale plane de nouveau sur le plus jeune État du monde. L’équilibre précaire issu de l’accord de paix de 2018 semble définitivement rompu. Les affrontements opposent les forces fidèles au président Salva Kiir aux milices de son rival historique, Riek Machar. Ce dernier, placé en résidence surveillée depuis près d’un an et inculpé de crimes contre l’humanité, demeure le catalyseur d’une opposition armée qui se radicalise sur le terrain.
Un processus politique dans l’impasse
La dégradation sécuritaire rend l’avenir politique du pays de plus en plus incertain. Alors que des élections générales étaient initialement prévues fin 2024 avant d’être reportées à la fin de cette année 2026, la tenue d’un scrutin crédible paraît aujourd’hui illusoire. La corruption massive et les divisions ethniques alimentent un ressentiment profond au sein de la population, tandis que les milices locales profitent du vide sécuritaire pour multiplier les pillages et les représailles.
L’ONU exhorte désormais les parties au conflit à un dialogue d’urgence, mais sur le terrain, la logique des armes semble l’emporter. Pour les organisations internationales, la priorité absolue reste de rétablir le contact avec les équipes disparues et d’obtenir des garanties de sécurité pour accéder aux populations déplacées. Sans un cessez-le-feu immédiat, le Soudan du Sud risque de basculer dans une tragédie similaire à celle qu’il a connue entre 2013 et 2018.





