Le Soudan dit non aux propositions de Washington pour un cessez-le-feu


Lecture 3 min.
Abdel Fattah al-Burhan et Mohamed Hamdan Dagalo
Abdel Fattah al-Burhan et Mohamed Hamdan Dagalo

Cinq jours après la présentation du plan américain devant le Conseil de sécurité de l’ONU, Khartoum a rejeté la feuille de route en cinq étapes proposée par Massad Boulos, conseiller de Donald Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient, jugeant qu’elle ne tient pas compte des intérêts supérieurs du pays. Un refus qui s’inscrit dans une longue série de fins de non-recevoir opposées par l’armée soudanaise aux tentatives de médiation internationale.

Le 24 février 2026, le gouvernement soudanais a opposé une fin de non-recevoir aux propositions de Washington pour un cessez-le-feu, cinq jours après leur présentation devant le Conseil de sécurité de l’ONU par Massad Boulos, conseiller de Donald Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient.

Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, Khartoum a tranché net : « Toute proposition qui ne prendrait pas en compte les intérêts supérieurs du pays ne sera pas approuvée par le gouvernement et ne sera pas mise en œuvre. »

Un plan en cinq étapes rejeté en bloc

Le plan soumis par Massad Boulos le 19 février devant le Conseil de sécurité s’articulait autour de cinq étapes : une trêve humanitaire immédiate, la supervision onusienne de l’aide, un cessez-le-feu permanent négocié par phases, une transition vers un gouvernement civil, et enfin la tenue d’élections démocratiques. Les Forces de soutien rapide (FSR), le camp paramilitaire adverse, avaient signifié leur accord de principe. L’armée soudanaise, elle, refuse catégoriquement.

Ce rejet ne constitue pas un précédent. En septembre 2025, le Soudan avait déjà écarté une proposition similaire du Quartet. En novembre, le général Abdel Fattah al-Burhan avait publiquement qualifié un plan antérieur de Massad Boulos de « pire de tous », accusant l’émissaire américain de vouloir « dissoudre les forces armées et laisser les milices en place ». Depuis lors, chaque initiative de médiation s’est heurtée au même traitement.

Souveraineté et méfiance envers le Quartet

L’argument central de Khartoum est invariable : la médiation du Quartet, composé des États-Unis, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et de l’Égypte, porterait atteinte à la souveraineté de l’État soudanais et favoriserait les FSR. Le gouvernement accuse notamment Abou Dhabi, membre du groupe, de livrer armes et drones aux paramilitaires, ce que les Émirats démentent catégoriquement.

Le ministère des Affaires étrangères a rappelé que le Soudan « ne permettra aucune ingérence dans ses affaires intérieures ni l’imposition de décisions » venant de l’extérieur.
Une catastrophe humanitaire sans précédent

Le Soudan est déchiré depuis avril 2023 par une guerre opposant l’armée du général Abdel Fattah al-Burhan aux FSR du général Mohamed Hamdane Daglo, dit Hemedti. Le conflit a fait plus de 40 000 morts selon les chiffres de l’ONU. Un bilan que les organisations humanitaires jugent très largement sous-estimé qui a en outre contraint plus de 14 millions de personnes à fuir leurs foyers. L’ONU qualifie la situation de pire crise humanitaire au monde.

Dans ce contexte, le refus systématique de Khartoum face aux propositions de cessez-le-feu apparaît comme un pari risqué. Le gouvernement justifie sa position par la défense de l’intérêt national, mais l’impasse diplomatique prolonge une situation catastrophique pour la population civile. Selon Bloomberg, la Maison Blanche s’était fixé le 4 juillet 2026 comme date cible pour la signature d’un accord de paix. Un objectif qui semble désormais compliqué à faire aboutir.

Franck Biyidi
LIRE LA BIO
Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News