
La sécurité à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) s’impose au cœur de l’actualité nationale. Devant l’Assemblée nationale du Sénégal, le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé l’étude d’un projet d’implantation d’un commissariat au sein du campus social. Une décision qui, si elle est mise en œuvre, marque une nouvelle étape dans la gestion de la sécurité universitaire au Sénégal. Ce, après plusieurs épisodes de tensions et d’incidents violents ayant secoué la principale université publique de ce pays d’Afrique de l’Ouest.
A Dakar,
Face aux députés, mardi 24 février 2026, le chef du gouvernement sénégalais, Ousmane Sonko, a assumé une ligne de fermeté. « Le campus social est devenu un quartier comme tous les autres quartiers de Dakar. L’État a le devoir d’y assurer la sécurité permanente des étudiants et des infrastructures », a déclaré Ousmane Sonko devant les élus. le Premier ministre n’y va pas par quatre chemins, estimant qu’il faut implanter des commissariats dans les université. Selon lui, l’objectif est de prévenir les violences récurrentes et mettre fin aux actes de saccage qui ciblent régulièrement les restaurants universitaires, la bibliothèque centrale et d’autres bâtiments stratégiques de l’UCAD.
Un projet de commissariat au cœur des tensions à l’UCAD
La mesure intervient dans un climat particulièrement sensible. Quelques jours après le décès d’un étudiant lors d’une intervention des forces de l’ordre, le 9 février dernier. Un drame qui a ravivé les tensions sur le campus et relancé le débat sur la présence policière en milieu universitaire. Pour le gouvernement sénégalais, l’installation d’un commissariat permanent permettrait d’éviter des interventions ponctuelles jugées plus brutales.
Le ministre de l’Intérieur, chargé de conduire l’étude de faisabilité, se veut rassurant. « Il ne s’agit pas de militariser l’université, mais d’installer un dispositif professionnel, stable et encadré, capable d’agir en prévention », explique-t-il. Selon lui, une présence permanente réduirait les risques d’escalade lors des manifestations estudiantines et permettrait une meilleure coordination avec les autorités académiques en cas de crise.
Étudiants et enseignants partagés sur la sécurité universitaire
L’annonce suscite des réactions contrastées. Pour Aïssatou Diop, étudiante en master de sociologie, la priorité est ailleurs. « Nous avons besoin de meilleures conditions d’études, de laboratoires équipés et de la réhabilitation des pavillons. Installer un commissariat ne résoudra pas les retards pédagogiques », estime-t-elle. Elle craint qu’une présence policière permanente ne crée un climat de méfiance et de tension supplémentaire au sein de la communauté universitaire.
Du côté des enseignants, le débat est tout aussi vif. Le professeur Ndiaye, membre du Syndicat autonome de l’enseignement supérieur, souligne la dimension historique de l’autonomie universitaire. « L’université est un espace de liberté académique. Y installer un commissariat pose une question symbolique forte. Nous devons éviter toute atteinte à cette tradition », affirme-t-il. Il plaide pour un dialogue inclusif associant étudiants, administration et autorités publiques.
Entre impératif de sécurité et autonomie académique
Certains parents d’étudiants soutiennent néanmoins l’initiative. Fatou Bâ, mère d’un étudiant en licence, confie son inquiétude après les récents événements. « Nous envoyons nos enfants à l’université pour étudier, pas pour affronter des violences. Si un commissariat peut garantir leur sécurité, je suis favorable à cette solution », déclare-t-elle. Pour de nombreuses familles, la sécurité physique reste une condition indispensable à la réussite académique.
Les organisations de la société civile appellent à la prudence. Moussa Diouf, acteur engagé des droits humains, estime que « la réponse sécuritaire ne doit pas occulter les causes profondes des tensions : surpopulation, lenteur des chantiers, frustrations sociales ». Il insiste sur la nécessité d’investir simultanément dans les infrastructures pédagogiques et sociales. Ce qui, selon lui pourrait éviter que la mesure ne soit perçue comme uniquement répressive.
La réouverture partielle du campus sous haute surveillance
Alors que l’UCAD s’apprête à rouvrir partiellement ses portes, l’administration universitaire adopte un ton mesuré. Le directeur du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD) assure que « la priorité immédiate reste la reprise des activités pédagogiques dans un climat apaisé ». Il indique que des concertations sont en cours pour garantir une rentrée progressive et sécurisée, tout en tenant compte des sensibilités exprimées.
Pour le politologue Abdoulaye Kanté, « la décision du gouvernement peut redéfinir durablement le rapport entre l’État et l’université au Sénégal. Tout dépendra de la manière dont le projet sera expliqué et mis en œuvre », analyse-t-il. Entre exigence de sécurité, respect de l’autonomie académique et attentes sociales fortes, le débat autour du commissariat à l’UCAD sort des grilles du campus pour être débattu sur la place publique. Aujourd’hui, le projet de commissariat cristallise espoirs et inquiétudes.




