Sénégal : les musulmans désertent les mosquées

Les mosquées, qui faisaient le plein au début du mois de Ramadan, ont perdu une bonne partie de leurs fidèles. Aux heures de Nafila, les longues prières du Ramadan, nombreux sont ceux qui préfèrent prier le soir chez eux, plutôt que de supporter les longues prêches des imams.

(De notre correspondant)

Afrik.com a visité bon nombre de mosquées : toutes ont vu leurs fidèles manquer à l’appel. Ils ne sont plus nombreux à prendre part à la grande prière du soir après avoir rompu le jeûne. Pourtant, c’est une obligation pour les jeûneurs de se rendre à la mosquée. Mais pour Papis Sakho, père de famille que nous avons rencontré dans le quartier de la Médina de Dakar, les prières sont devenues trop longues : « Je préfère prier chez moi (…). Je ne sais pas sur quel Coran se basent ces prêcheurs pour rallonger autant les prières. Et j’ai d’autres préoccupations pour la survie de ma famille ».

Coumba Niang, âgée de 22 ans, abonde dans le même sens : « C’est pour des raisons de santé que je ne peux plus assister à des prières de 50 à 70 minutes. Ensuite, j’ai un nourrisson à la maison, raison pour laquelle je préfère prier dans mon salon dès que je finis mon travail », explique-t’-elle.

Hamidou Dialla, étudiant, se montre critique vis-à-vis des prêcheurs : « Personnellement, je n’arrive pas à comprendre l’attitude de ces imams qui veulent à chaque fois lire les versets longs du Coran, alors que rien ne les empêche de lire les versets courts. Ils veulent montrer aux fidèles qu’ils maîtrisent le Saint Coran. Les prières du soir deviennent de plus en plus longues à cause de leur entêtement », souligne-t-il.

Les imams se défendent

Elhadji Mansour N’diaye réfute ces accusations : « Nous n’avons rien inventé, il est dit dans le Coran d’utiliser les versets longs pour le bonheur des fidèles. En particulier lorsque l’on s’approche de la fin du Ramadan. Le Ramadan, c’est une question de croyance et un grand sacrifice pour espérer trouver un paradis. Maintenant, il est difficile de convaincre les musulmans saisonniers. Ces derniers se rendent à la mosquée uniquement au moment du Ramadan. C’est très difficile de faire en sorte qu’ils s’adaptent au Nafila (longues prières, ndlr) », a-t-il déploré.

La faute à l’Aïd el Fitr

Pour l’islamologue Idrissa Sadio, par ailleurs imam dans une des mosquées du quartier de Tilene Dakar, « au début de chaque mois de Ramadan, tout le monde se revendique être un bon musulman. Mais à la fin, les fidèles se montrent préoccupés par les dépenses de la korité. Du fait de la conjoncture qui a touché le pays, ils préfèrent se concentrer sur cette fête plutôt que d’aller prier les soirs à la mosquée ».

Ce phénomène de désertion des mosquées à la fin du jeûne est observé chaque année dans le pays. 2012 ne déroge donc pas à cette règle.

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