Le Sénégal face au casse-tête des enfants apprentis de bus


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Un enfant apprenti accroché à l'échelle du bus
Un enfant apprenti accroché à l'échelle du bus

Un phénomène très particulier a élu domicile au Sénégal, sans que cela ne dérange personne. Il s’agit des enfants apprentis de car de transport en commun, très nombreux dans la capitale sénégalaise. Afrik.com s’est intéressé au phénomène.

Rôle central dans le transport au Sénégal

Ils passent inaperçus. Du moins, leur présence dans le milieu du transport ne choque personne. Il faut se demander même si ces enfants, qui se tiennent sur les marches des cars dit Ndiaga Ndiaye ou Cars rapides, attirent l’attention des populations de ce pays d’Afrique de l’Ouest. Ils ont entre 10 et 15 ans, parfois plus et ont la lourde mission d’encaisser le prix du transport. Ces enfants jouent un rôle central dans le système de transport du Sénégal.

Ils passent le plus clair de leur temps dehors. Ils sont accrochés à l’échelle fixée à l’arrière du bus de transport. Avec tous les risques que cela comporte. C’est comme ça qu’ils franchissent tous les obstacles de la route comme les nids de poule. Idem pour les policiers et les gendarmes qui, visiblement, ne sont pas dérangés de voir ces jeunes gens qui ont une place réservée à l’extérieur des bus de transport en commun.

Pas de place réservée à l’intérieur du bus

Un étranger pourrait se demander pourquoi ces jeunes gens sont tout le temps hors du bus. Une réponse qui, pourtant, coule de source. En effet, de toute évidence, ces enfants n’ont pas de place réservée à l’intérieur du bus, en leur qualité de receveur. Tout simplement, parce que ce véhicule est plein à ras bord. Toutes les places règlementaires assises du bus sont occupées ou sont censées l’être. Même les strapontins, ajoutés aux véhicules pour faire plus de places, sont occupés.

Quoi de plus normal que l’apprenti, enfant ou adulte, se retrouve à prendre place sur la marche du bus. Quel que soit le temps qu’il fait : froid de canard ou canicule. Il appartient à l’apprenti de prendre ses dispositions pour être en mesure de faire convenablement son travail. Lequel consiste à encaisser le prix du transport auprès des clients. L’apprenti, c’est aussi à lui de récupérer le permis du chauffeur saisi par la gendarme ou le policier de la circulation. Sans oublier qu’il doit passer à la pompe, histoire d’éviter une panne sèche.

Un métier qui fait toujours des émules

Des apprentis à tout faire et à tout assumer, comme vous l’avez si bien compris. Mais à quel prix! Souvent au prix de leur vie, bien entendu. Car il arrive que certains d’entre eux soient victimes de chutes après un geste imprudent. S’ils ne sont pas pris en étau entre le bus dont ils sont l’apprenti et un autre véhicule, lors d’un accident. Certains se retrouvent alors avec une ou deux jambes amputées. Cela ne les décourage pour autant pas, car ce métier d’apprenti fait toujours des émules.

Seulement, lorsque cela concerne les enfants, il arrive que la situation heurte les consciences. « C’est triste de voir ces enfants, qui ont leur place à l’école, et qui se retrouvent à pratiquer le métier d’apprenti de bus. C’est une défaillance, une faute lourde des autorités du pays qui semblent avoir d’autres préoccupations. C’est la preuve de l’échec d’une politique sociale, notamment celle tournée vers la jeunesse. Voir ders apprentis de moins de 15 ans gérer des bus de transport, en 2024, c’est un échec », estime Moussa Diouf, enseignant-chercheur.

Attention particulière sur les enfants

« De jeunes enfants habitués à manipuler de l’argent, qui traitent directement avec des adultes, face à qui ils font souvent preuve d’indiscipline, ce n’est pas comme ça qu’on va développer le pays. Un pays qui veut se développer doit avoir une attention particulière pour ses enfants. Ils représentent l’avenir. Et ne pas les protéger équivaut à compromettre ses perspectives de développement. Je me demande ce qui se passent dans la tête de npos dirigeants », déplore l’enseignant.

Pour Awa Ndaw, commerçante, cette situation est plus que choquante. « Quand je vois que mes enfants et ceux de la plupart d’entre nous sont à l’école, je suis meurtrie de voir ces jeunes traîner accrochés à un bus. Ils n’ont pas d’avenir. Ou du moins, leur avenir est compromis. Déjà qu’ils ont un pied dans la tombe du fait des risques qu’ils prennent en étant accroché à une échelle d’une voiture qui roule à vive allure. L’État doit prendre les mesures appropriées », lance la trentenaire.

Des risques pour les clients

Un cri du cœur que la dame cache mal. En effet, elle tournera la tête en guise de désolation, avant de nous quitter. Notons que ce phénomène ne concerne pas que les transports urbains. Il s’est invité dans le transport interurbain et national. Si ce ne sont pas des enfants mineurs, la particularité de ces apprentis est qu’ils sont tous des jeunes. Et dans le transport inter-régions, ces apprentis sont au nombre de 2, 3, parfois 5, tous accrochés à l’échelle du bus de transport. Laquelle échelle mène au porte-bagages. Là aussi, les risques ne manquent pas.

Ici, ce sont plus des risques pour les clients. Il arrive, en effet, que certains apprentis se plaisent à fouiller dans les bagages des clients disposés au-dessus du bus. Ils dérobent des objets de valeur qui leur passent sous la main. Souvent, des clients de plaignent d’objets disparus à leur arrivée à destination. Lesquels objets ont été subtilisés durant le trajet. Surtout lorsque le bus doit parcourir une longue distance. L’apprenti-malfrat ayant eu le temps de commettre son forfait.

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Journaliste pluridisciplinaire, je suis passionné de l’information en lien avec l’Afrique. D’où mon attachement à Afrik.com, premier site panafricain d’information en ligne
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