
Alors que les coupures d’électricité paralysent les activités économiques dans les grandes villes comme en zone rurale, le Cameroun vient de créer la Société camerounaise d’électricité (Socadel), transformant de facto l’ancien concessionnaire Eneo. L’État reprend ainsi la main sur le secteur, mais la population se demande si cette restructuration nationale suffira à relancer un réseau défaillant, marqué par infrastructures vétustes, retards de paiement publics et défaillances de gestion.
Au moment où les coupures d’électricité sont devenues chroniques dans les grandes villes et dans l’arrière‑pays du Cameroun, et paralysent ainsi les activités économiques, le président Paul Biya, le 4 mai dernier, a signé un décret portant création de la Société camerounaise d’électricité (Socadel), en remplacement de Eneo / Energy Cameroon S.A.
Cette restructuration va‑t‑elle faire bouger les lignes ? Quels peuvent être les espoirs fondés sur cette nouvelle entité, désormais entrée en jeu ? Les ressources pourront‑elles être redéployées pour permettre le nouvel envol du secteur énergétique camerounais ? Les populations, toutes chapelles politiques confondues, se prononcent sur cette question.
Lacunes de Eneo Cameroon
De l’avis de certains, en nationalisant le secteur énergétique, cette évolution mettra‑t‑elle en lumière ou permettra‑t‑elle de combler véritablement les lacunes de Eneo Cameroon ?
« Avec la création de la Socadel, le Cameroun ouvre une nouvelle phase de son développement énergétique », fait savoir Gaston Eloundou Essomba, ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie.
Selon l’électricien Jean L. : « L’essentiel pour nous, ce n’est pas le changement de nom, ni que la chose nous revienne. Notre grand problème, c’est l’excès de corruption, l’enrichissement illicite, le recrutement à “la tête chercheuse”, le manque d’entretien des infrastructures, le problème de financement, etc. C’est ce qui cause les coupures et tout ce qui ne va pas dans le domaine énergétique chez nous. Et même quand c’est financé, les ayant‑droits ne veulent pas donner l’argent pour que les travaux se poursuivent bien sur le terrain. Ainsi, on dira que telle personne qui est au pouvoir ne travaille pas bien ; bref, on accusera l’équipe dirigeante de l’entreprise. C’est ce qui gangrène notre pays dans tous les secteurs d’activités. »
Sonel à Aes-Sonel, à Eneo à Socadel
Pour le mécanicien Emmanuel T. : « On est passé de la Sonel, de Aes‑Sonel, d’Eneo, et aujourd’hui de la Socadel. On ne sait pas à quoi nous sommes en train de jouer. Tous les jours, nous avons des coupures de courant. Nous passons des jours, des nuits, des semaines, des mois sans électricité. Le pays a des têtes bien faites et bien pleines dans de nombreux secteurs. Il y a des gens qui peuvent bien travailler, mais puisqu’ils ne sont pas les enfants de X ou de Y, ils sont “mis au quartier”. En mettant de côté la méritocratie, comment les problèmes peuvent‑ils être résolus ? »
« On parvient à peine à compter le nombre de coupures journalières d’électricité au Cameroun. À peine la ligne est‑elle rétablie qu’elle repart. Cela devient de plus en plus compliqué dans le triangle national. D’où le blocage récurrent des axes routiers, afin qu’une panne plongeant les populations dans le noir soit solutionnée. Que doit‑on attendre d’une entreprise dans laquelle “on prend les mêmes et on recommence”, où les infrastructures sont vétustes, et où les factures ne sont pas payées par les services publics et les autorités ? » indique la restauratrice Suzanne H…
Un nouveau souffle pour Socadel, ex‑Eneo
« Alors, avec la création de la Socadel, ex‑Eneo, y a‑t‑il aujourd’hui des raisons d’espérer qu’une ère nouvelle souffle véritablement dans ce secteur ? » conclut‑elle.
« J’attends de la Socadel qu’elle améliore la qualité de service, démarche qui accompagnera l’accroissement de l’économie nationale, longtemps plombée par un déficit d’offre en énergie électrique dans notre pays. Si c’est le cas, tout le peuple pourra s’en réjouir », déclare l’étudiante Carine.
Il faut signaler que la Société camerounaise d’électricité (Socadel), dirigée respectivement par Antoine Ntsimi au poste de président du conseil d’administration, Oumarou Hamandjoda au poste de directeur général et Jean Basile Ekobena au poste de directeur général adjoint, est une société dont l’État est l’actionnaire unique. Elle a pour mission de produire, distribuer, importer et commercialiser l’électricité au Cameroun. Ainsi, dotée d’un capital social de 43,9 milliards de francs CFA, elle est placée sous la tutelle technique du ministère de l’Eau et de l’Énergie et financière du ministère des Finances.



