
Malgré la mise en service du barrage de Nachtigal et le rachat de l’opérateur Eneo par l’État, les délestages continuent d’asphyxier le quotidien des Camerounais. En cause : un réseau vétuste, une dette colossale et des infrastructures de transport incapables d’acheminer l’énergie produite.
L’accès à l’électricité au Cameroun demeure un défi majeur, marqué par des coupures persistantes qui pèsent lourdement sur le quotidien des populations et l’activité économique. Malgré la mise en service du barrage de Nachtigal et la récente nationalisation de l’opérateur historique Eneo, le pays continue de broyer du noir.
Un rachat porteur d’espoirs déçus
L’annonce de la reprise de contrôle d’Eneo par l’État camerounais en novembre 2025, rachetant les 51 % de parts du fonds britannique Actis pour 78 milliards de FCFA, avait suscité un vent d’optimisme. Les usagers espéraient qu’une gestion publique mettrait fin à la logique de profit pour prioriser la qualité du service.
Cependant, la réalité est plus complexe. Le secteur est asphyxié par une dette d’environ 800 milliards de FCFA fin 2024, dont 500 milliards dus aux fournisseurs. L’État et ses démembrements peinent à régler leurs propres factures, avec seulement 59 milliards recouvrés en 2024 sur des besoins bien plus élevés. Bien que la production ait augmenté, le réseau de transport et de distribution reste fragile et sujet à de nombreux incidents techniques.
Un frein au développement
Pour les Camerounais, les coupures ne sont pas de simples « perturbations techniques », mais un véritable frein au développement. L’obscurité favorise l’insécurité dans les quartiers, dont certains restent parfois 72 heures sans électricité. Les ménages perdent régulièrement leurs stocks alimentaires faute de réfrigération. Les petites entreprises, salons de coiffure, ateliers de soudure, cybercafés, voient leur chiffre d’affaires s’effondrer. L’usage de générateurs, coûteux en carburant, n’est pas accessible à tous. Les délestages limitent également l’accès à l’éducation en ligne et aux services numériques, isolant davantage les zones rurales et les quartiers pauvres.
Nachtigal : une énergie qui peine à arriver
Le pays dispose pourtant de la centrale hydroélectrique de Nachtigal (420 MW), opérationnelle à plein régime depuis mars 2025 et couvrant 30 % des besoins nationaux. Mais cette énergie peine à arriver jusqu’aux foyers à cause des limites du réseau de transport, créant un sentiment d’abandon et de frustration au sein d’une population qui voit ses factures rester élevées malgré l’instabilité du service.
Pour tenter de stabiliser la situation, le gouvernement prévoit d’automatiser le recouvrement des factures publiques tout au long de cette année et d’instaurer des mesures strictes pour limiter la fraude et les interventions anarchiques sur les réseaux.



