CONFEMEN 2026 à Yaoundé : le Cameroun place la crise des enseignants au cœur des débats


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Confemen
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À Yaoundé, la 61e session ministérielle de la CONFEMEN s’ouvre sur fond de crise du métier d’enseignant dans plusieurs pays francophones. En prenant la présidence de l’organisation, le Cameroun entend remettre au cœur des priorités la revalorisation d’une profession fragilisée, entre manque d’attractivité, mutations numériques et défis structurels.

Au Palais des Congrès de Yaoundé, pour la 61e session ministérielle de la CONFEMEN, les représentants de 44 États et gouvernements ont ouvert, mercredi 29 avril, une séquence consacrée à un enjeu devenu central : la revalorisation du métier d’enseignant dans l’espace francophone.

Le moment central de la matinée a été la prise de fonction du Pr Laurent Serge Etoundi Ngoa, ministre de l’Éducation de base du Cameroun, désormais à la tête de la Conférence des ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie (CONFEMEN). Il succède à son homologue marocain dans un contexte marqué par des tensions persistantes dans les systèmes éducatifs, notamment en Afrique subsaharienne.

Besoin d’actions concrètes pour les enseignants

« Nous devons passer de la réflexion à des actions concrètes en faveur de nos enseignants », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d’apporter des réponses rapides à une crise de vocation qui touche de nombreux pays. Car le constat est largement partagé : pénurie d’enseignants, conditions de travail dégradées, rémunérations jugées insuffisantes, formation parfois inadaptée… Dans la plupart des systèmes éducatifs francophones, le métier peine à attirer et à retenir.

C’est autour de ces difficultés que s’articulent les travaux de cette 61e session, placée sous le thème de la « valorisation de la profession enseignante ». Trois grands axes structurent les échanges entre ministres et experts.

Le premier concerne le statut de l’enseignant, à la fois sur le plan social et financier. Plusieurs délégations ont plaidé pour une revalorisation des grilles salariales et une amélioration des conditions de travail, considérées comme des leviers essentiels pour restaurer l’attractivité du métier, notamment auprès des jeunes diplômés.

Le deuxième axe porte sur la formation, dans un contexte de mutation accélérée des pratiques pédagogiques. L’irruption du numérique et, plus récemment, des outils liés à l’intelligence artificielle, impose une adaptation des compétences. Les discussions portent ainsi sur le renforcement de la formation continue et sur l’accompagnement des enseignants face à ces transformations.

Enfin, les participants ont abordé la question de l’évaluation des systèmes éducatifs, en s’appuyant notamment sur les données du Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN (PASEC). Ces travaux permettent d’identifier les lacunes en matière d’apprentissage et d’orienter les politiques publiques vers des mesures plus ciblées.

Adoption d’un plan stratégique

Au-delà des échanges, cette session doit également déboucher sur des engagements concrets. Les ministres ont ainsi entériné l’adoption du plan stratégique 2027-2031 de la CONFEMEN, appelé à servir de cadre de référence pour les prochaines années. Ce document met l’accent sur la résilience des systèmes éducatifs, confrontés à des crises multiples, sécuritaires, climatiques ou sanitaires, qui perturbent régulièrement les calendriers scolaires dans plusieurs pays.

Pour le Cameroun, l’accueil de cette rencontre constitue aussi un signal politique. En prenant la présidence de l’institution, Yaoundé entend renforcer son positionnement dans les débats éducatifs à l’échelle régionale et francophone.

La déclaration de Yaoundé

La clôture des travaux, prévue le 1er mai, devrait donner lieu à l’adoption de la « déclaration de Yaoundé ». Ce texte est attendu comme une feuille de route engageant les États à investir davantage dans leurs systèmes éducatifs, avec un accent particulier sur la condition enseignante.

Reste à savoir si ces engagements seront suivis d’effets. Car au-delà des déclarations, c’est bien la capacité des États à traduire ces orientations en politiques publiques concrètes qui sera scrutée dans les mois à venir.

Franck Biyidi
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Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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