
Kinshasa a dépêché une délégation à Brazzaville afin de solliciter l’appui du Président congolais Denis Sassou N’Guesso à la candidature de Juliana Lumumba, choisie par les autorités congolaises pour briguer ce poste stratégique au sein de l’espace francophone. Cette initiative marque le lancement d’une tournée diplomatique destinée à rallier les États membres à la candidature congolaise, dans une compétition qui s’annonce particulièrement politique face à l’actuelle secrétaire générale, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, également candidate à sa succession.
Une première étape stratégique à Brazzaville
Conduite par le ministre délégué en charge de la Francophonie, Crispin Mbandu Phanzu, la délégation congolaise a fait de Brazzaville sa première escale. Cette étape revêt une importance strategique, tant les relations entre les deux Congo sont historiquement étroites et politiquement importantes au sein de la sous-région. « Avant de commencer la tournée, il était nécessaire de passer par Brazzaville, rencontrer le Président Denis Sassou N’Guesso pour des conseils et des orientations tout en sollicitant le soutien de la République du Congo », a expliqué Crispin Mbandu Phanzu à l’issue de la rencontre.
Cette démarche traduit la volonté de Kinshasa de consolider un front africain favorable à sa candidate, dans un contexte où les équilibres diplomatiques au sein de l’OIF sont souvent déterminants dans l’élection du secrétaire général.
Juliana Lumumba, une candidature symbolique et politique
La RDC a officiellement désigné Juliana Amato Lumumba comme candidate au poste de secrétaire générale de l’OIF fin février 2026. Fille de Patrice Emery Lumumba, figure historique de l’indépendance congolaise, l’ancienne ministre incarne une candidature hautement symbolique pour Kinshasa. Diplômée de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) en France, Juliana Lumumba a occupé plusieurs fonctions importantes, notamment celles de ministre de la Culture entre 1997 et 2001 et de secrétaire générale de l’Union des chambres de commerce africaines, une expérience que Kinshasa met en avant pour souligner sa connaissance des enjeux économiques et culturels de l’espace francophone.
La candidate congolaise défend une vision ambitieuse de la Francophonie. « Ce que je prône, c’est une Francophonie vivante, une Francophonie plus inclusive, une Francophonie des peuples », a-t-elle déclaré, mettant l’accent sur la nécessité de rapprocher l’organisation des populations, notamment africaines. Pour les autorités congolaises, cette candidature vise également à renforcer le rôle de la RDC dans l’espace francophone. Le pays représente en effet le plus grand bassin de locuteurs francophones au monde, un argument diplomatique régulièrement avancé par Kinshasa dans cette campagne.
Une bataille diplomatique face à Louise Mushikiwabo
En face de Juliana Lumumba, il y a l’actuelle secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, qui a décidé de briguer un nouveau mandat, le troisième à la tête de l’organisation qu’elle dirige depuis 2018. Soutenue par Kigali, l’ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères apparaît comme une candidate solide, bénéficiant d’un réseau diplomatique déjà établi au sein de l’organisation. La compétition prend également une dimension géopolitique, sur fond de tensions persistantes entre la RDC et le Rwanda, notamment liées au conflit dans l’est congolais. Dans ce contexte, la bataille pour la direction de l’OIF dépasse le simple cadre institutionnel pour devenir un enjeu d’influence diplomatique au sein de la Francophonie.
Calendrier et enjeux strategiques
L’élection du prochain secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie doit intervenir lors du prochain Sommet de la Francophonie prévu en novembre 2026. Les États membres devront alors choisir entre les différentes candidatures, au terme d’une campagne diplomatique intense. Pour Kinshasa, la mobilisation diplomatique qui s’ouvre constitue une opportunité de repositionnement stratégique sur la scène internationale. La tournée entamée à Brazzaville devrait se poursuivre dans plusieurs capitales africaines et francophones, avec l’objectif de bâtir une coalition favorable à Juliana Lumumba.





