Sauver les forêts de la RDC, le plaidoyer d’Angélique Kola au Forum de Dakar

La présidente de l'association Kivudi, Angélique Kola
Angélique Kola, présidente de l'association Kivudi

Angélique Kola a effectué le déplacement au Sénégal, pour participer à la «Semaine de la mobilité durable et du climat». La présidente de l’association Kivudi a tenté de porter la voix des sans-voix des forêts de la République Démocratique du Congo. Son combat a commencé lorsque des Chinois ont vandalisé une partie des forêts qu’elle tente de protéger.

A Dakar,

C’est en 2002 qu’elle a acheté une partie des forêts en République Démocratique du Congo pour protéger certaines espèces et garder les espaces pour les générations futures. Au début, c’était une forêt primaire, où «personne n’a jamais mis les pieds», dit Angélique Kola. Des hectares de terres où existent toutes les espèces de la biodiversité. «Il y a tout là-dedans : des abeilles, des fourmis, beaucoup d’espèces, végétales comme animales, que je préserve», dit-elle. Tout allait pour le mieux, jusqu’en 2009, «lorsque des Chinois se sont introduits dans ma forêt et ont coupé 18 de mes arbres. Des arbres multi centenaires, qui font plus d’un mètre de diamètre chacun», se rappelle-t-elle, justifiant la genèse de son combat à travers la mise sur pied de son association, Kivudi, depuis cette année-là.

Kivudi, une association de lutte contre la déforestation

Le regard hagard, lointain, Angélique Kola cachait difficilement son angoisse, lorsque nous l’avons croisée, en marge de l’intervention des participants à la 18ème conférence de la Codatu, qui se tient actuellement à Dakar, au Sénégal. Tout son esprit est en effet en migration au cœur des forêts de son pays, la République Démocratique du Congo. Une forêt de plus en plus menacée, selon elle, de prédation certes, mais aussi et surtout des changements climatiques. «Kivudi veut dire en langue congolaise ‘’L’ombre de l’arbre à palabre’’. Une ombre protectrice dont on a besoin pour échanger et tenter de résoudre les problèmes liées à la société», campe-t-elle. Depuis 13 ans, son association s’occupe de la lutte contre la déforestation, par des solutions alternatives.

«Alors qu’on dépense beaucoup d’argent dans les guerres, on dépense beaucoup d’argent dans les recherches. Je ne dirai pas que ces recherches ne sont pas importantes, mais qu’y a-t-il de plus important que sauver la planète ?»

Car, confie cette ancienne aide-soignante, les populations qui vivent dans ces forêts n’ont pas le choix. Elles n’ont que la forêt pour survivre. «Autant un travailleur se lève pour aller travailler et gagner un revenu lui permettant de vivre et d’entretenir sa famille, autant ceux qui habitent en forêt vont trouver leur nourriture et leur gagne-pain dans leur milieu direct. Ils vont y trouver de quoi se soigner à travers des racines, de quoi construire leurs habitations, avec le bois. Maintenant, si la communauté internationale leur demande de préserver la forêt pour sauver la planète, sans aucune alternative pour leur survie, cela pose problème», estime-t-elle. Selon elle, cet acte d’appui de la communauté internationale est loin d’être de la charité. «Il s’agit d’une alternative pour que ces populations utilisent moins de bois et rien d’autre. A ma grande surprise, personne ne les comprend», déplore Angélique.

«Qu’y a-t-il de plus important que sauver la planète ? »

«Alors que dans un tel contexte, non seulement leur vie est impactée, mais aussi celle de la planète entière. A mon niveau, il est très difficile de constater que le message n’est pas du tout compris. Comment ne pas comprendre un tel message ? Alors qu’on dépense beaucoup d’argent dans les guerres, on dépense beaucoup d’argent dans les recherches. Je ne dirai pas que ces recherches ne sont pas importantes, mais qu’y a-t-il de plus important que sauver la planète ? », demande-t-elle, rappelant que l’homme ne peut pas vivre sans la nature. «Si on laisse ceux qu’on dit gardiens de la nature utiliser les forêts à des fins personnelles, on ne peut pas leur imputer une quelconque faute en cas de catastrophe. C’est ce message que je viens lancer ici, au Salon de Dakar sur le climat. Je veux que le monde entier reçoive mon message, entende mon cri de détresse», confie la sexagénaire.

«Il suffit d’aider ceux qui vivent dans les forêts à transformer ces produits pour pouvoir les conserver. Cela va assurer des revenus afin qu’ils n’utilisent plus le bois ou le charbon»

Pour elle, il faut soigner le mal par la racine. Et selon ses propos, ces habitants des forêts congolaises sont les racines de la nature. Et si on ne s’occupe pas d’eux, ils peuvent être à l’origine du mal prochain que pourrait vivre la planète. «Qu’on les écoute et qu’on les aide», appelle-t-elle de ses vœux pieux. Et de rappeler qu’il suffit juste, pour cela, de remplacer leurs besoins quotidiens par des alternatives. «Il y en a des alternatives », martèle Angélique Kola, soulignant que ces populations produisent beaucoup. Et d’énumérer : «ananas, manioc, maïs, arachides, des bananes, des avocats…». Pour cette intervenante à la «Semaine de la mobilité durable et du climat» de Dakar, «il suffit d’aider ceux qui vivent dans les forêts à transformer ces produits pour pouvoir les conserver. Cela va leur assurer des revenus afin qu’ils n’utilisent plus le bois ou le charbon».

Qui «pour sauver la planète qui est en train de brûler» ?

Ces populations demandent juste des moyens de locomotion pour «aller vendre leurs produits là où les gens en ont besoin, ou d’être dotés de tracteurs pour produire un peu plus. C’est cela leur requête, pas plus». Son inquiétude : «déjà qu’ils ont la forêt, personne ne les aide. Quand ils vont mourir de faim, lorsque ces forêts vont disparaître, qui va les aider ?». Angélique Kola dit comprendre difficilement que «les nations dites développées mobilisent des armées entières, financent des milliards d’euros ou de dollars pour aller en guerre, et dans le même temps, elles ne peuvent pas aider à mettre à la disposition d’une communauté donnée un tracteur ou un camion, pour vendre tout ce qu’elle produit et épargner les forêt, préserver la planète dans le même temps. Nos cerveaux nous servent à déclencher des guerres et tuer beaucoup de gens, mais pour sauver la planète qui est en train de brûler, personne n’y pense. Personne ! En tout cas, c’est mon combat. Aider les gens qui vivent dans les forêts».

Lire : Semaine de la mobilité à Dakar : les fortes promesses de la Banque mondiale