Rim’K : « L’unité va au-delà des frontières »

Rim’K de retour dans les bacs avec un album engagé : Maghreb United. Au travers de ce nouvel opus aux accents raï, le rappeur du groupe 113 appelle les pays d’Afrique du Nord à cesser leurs querelles pour se serrer les coudes. Il exhorte par ailleurs les Maghrébins de France et les Français d’origine maghrébine à s’unir pour combattre la « diabolisation » dont ils seraient victimes. Interview.

Abdelkarim Brahmi-Benalla a grandi à Vitry-sur-Seine, en banlieue parisienne, avec ses parents originaires d’Algérie. Petit, il se souvient qu’on l’avait placé au fond de la classe. « Je ne savais pas pourquoi, explique-t-il avec colère. Avec le temps, j’ai compris qu’on voulait se débarrasser de moi. Mais pour quelle raison ? J’arrivais douché le matin comme tout le monde, j’étais habillé comme les autres enfants, il n’y avait aucune différence ! » AbdelKarim Brahmi-Benalla est convaincu que ce sont ses racines algériennes qui lui ont valu ce rejet. Devenu Rim’K, l’un des trois rappeurs du groupe 113, il se sert de son art pour justement combattre la « diabolisation » de la communauté maghrébine installée en France. Son arme ? Maghreb United, un album sorti le 29 juin et enregistré avec plusieurs artistes de renom, dont Kery James, Tunisiano, Sefyu, Diam’s et Kenza Farah. Rim’K, 31 ans, revient sur le concept de cet opus aux accents raï et livre son analyse des maux qui frappent les Maghrébins de l’Hexagone et les Français d’origine algérienne, marocaine et tunisienne.

Afrik.com : Comment vous est venu le concept de Maghreb United ?

Rim’K :
Il y a beaucoup de divisions entre Maghrébins et l’image des Maghrébins en France est usurpée. Ils sont très mal vus, diabolisés. On est montré du doigt alors qu’on est juste là pour fonder une famille et faire notre vie, comme tout le monde. A partir de là, je me suis dit qu’avant de répondre à toutes ces attaques il faudrait qu’on soit unis. L’idée de Maghreb United m’est aussi venue des concerts où je vois beaucoup de drapeaux de pays différents. En voyant ça, je me suis dit que mon prochain disque serait axé sur l’unité et le partage.

Afrik.com : A propos des divisions entre pays maghrébins, l’Algérie et le Maroc sotn en profond désaccord au sujet du Sahara Occidental. Avez-vous une position sur le sujet ?

Rim’K :
La seule position que j’ai est qu’il faut arrêter de se prendre la tête et trouver un terrain d’entente entre frères… Parce qu’on est frères ! C’est pareil pour les pays d’Afrique de l’Ouest ou autre. Il y a beaucoup de divisions alors que la plupart des gens qui viennent d’une certaine région sont les mêmes, si ce n’est quelques différences culturelles, économiques… Ce sont de petits détails car notre histoire est la même ! A nous de passer outre les différences car si on était un peu plus unis, on arriverait à faire plus de choses. Et on nous respecterait plus.

Afrik.com : Certains avancent qu’il y a deux Afriques : l’Afrique noire et l’Afrique blanche… Est-ce que Maghreb United appelle aussi à l’unité avec l’Afrique noire ?

Rim’K :
Oui ! C’est pour ça que j’ai ouvert mon cœur à toute l’Afrique dans l’album. Moi, je viens d’un quartier populaire. Et dans les quartiers populaires, il y a toutes sortes d’origines. C’est pour ça que sur ce disque il fallait qu’on retrouve un bout du Sénégal, un bout du Mali, un bout des Comores… un bout de tous ces pays qui nous ont influencé. Pour résumer, avec Maghreb United on fait la fête du Maghreb, on est là pour soutenir le Maghreb, et en même temps le mot d’ordre est l’unité. Et donc l’unité avec tout le monde, car l’unité va au-delà des frontières.

Afrik.com : En parlant de frontières, sur Maghreb United, le titre « Harraga » parle d’immigration clandestine. Que diriez-vous aux jeunes Maghrébins qui veulent traverser la Méditerranée en espérant un avenir meilleur ?

Rim’K :
Ce titre est un hommage car beaucoup sont morts en traversant clandestinement la mer ou en essayant de monter dans les trains d’atterrissage… On n’est pas là pour cautionner, dire d’arrêter de croire que la France c’est le rêve américain ou de ne pas venir parce qu’il n’y a rien pour eux ici. C’est vraiment un constat dans le sens où ont dit que beaucoup on essayé de venir ici et y sont restés. D’autres sont là mais n’ont jamais eu de papiers et en sont réduits à travailler au noir, à vivre dans un taudis… Si tu n’as pas un point de chute en France ou de la famille pour t’accueillir et t’aider à rebondir, tu auras toutes les difficultés du monde.

Afrik.com : Vous appelez les Français d’origine maghrébine à s’affirmer comme « maghrébins ». Ne craignez-vous pas que s’ils vous écoutent ils peinent à s’intégrer en France ?

Rim’K :
Pourquoi on devrait cacher, avoir honte ou ne pas être fier de ses origines ? Je ne vois pas où est le mal, vraiment pas ! Pendant la finale de la Coupe de France de football (Rennes contre Guingamp), c’était la fête de la Bretagne ! Il y avait des drapeaux bretons partout : ils étaient fiers d’être Bretons, de se revendiquer Bretons. Avec le film « Bienvenue chez les Ch’tis », les gens étaient fiers d’être Ch’tis, d’être du Nord. Sans parler des Corses, plus sectaires que tout le monde. Donc comment on peut venir nous reprocher à nous – qu’on a mis à l’écart, qu’on dévalorise, qu’on sous-estime, d’être fiers de nos origines ? Plus on nous rejettera, plus on sera fier de ce qu’on est. […]

Afrik.com : Vous estimez que les médias « diabolisent » les Maghrébins. En quoi ?

Rim’K :
Parce que même dans les médias on ne nous respecte pas. Les médias ont une grosse part de responsabilité dans la diabolisation de la communauté maghrébine en France dans le sens où, s’il y a un problème en banlieue, tout de suite on va montrer du doigt les Noirs, les Arabes… C’est malheureux ! Je suis désolé : tu vas dans le Vars, dans le Nord de la France, il y des meurtres tous les jours. Il y a un fermier qui a tué le fermier d’en face pour une histoire de parcelle. Ces histoires-là, on n’en parle jamais ! Le monde il est fou. Mais il est fou chez les Maghrébins, chez les Français, chez les Portugais… chez tout le monde ! Il faut arrêter de diaboliser une partie de la communauté immigrée simplement parce que la France n’a plus autant besoin d’elle qu’avant.

Afrik.com : Pensez-vous que la récente polémique en France sur la burqa participe également à la « diabolisation » des Maghrébins, et des musulmans en général ?

Rim’K :
On est dans un pays laïc, d’après ce qu’ils disent, mais, d’un autre côté, on est dans un pays démocratique. A partir de là, chacun fait ce qu’il veut : si une femme veut mettre un voile, et bien elle met un voile. Ça dérange qui ? Vous pensez que si une femme est violentée elle ne va pas aller se plaindre un jour ou l’autre ? Elle ira porter plainte comme la femme d’un Français ou de je ne sais pas qui. Je pense que c’est juste diaboliser encore et toujours la communauté maghrébine, et pas seulement maghrébine : musulmane. C’est malheureux mais on en est encore là. […] C’est le combat de ma vie ça : depuis que je suis jeune, on m’a toujours fait comprendre que j’étais pénalisé par rapport aux autres. C’est avec le temps, l’âge, la réflexion, la raison que j’ai compris que pour m’intégrer dans ce pays il fallait que j’en fasse deux ou trois fois plus qu’un citoyen « normal ».

Afrik.com : C’est-à-dire ?

Rim’K :
J’ai eu les Victoires de la musique, j’ai vendu des millions de disque dans ma vie, mais ce n’est pas pour ça que, quand je sors un album, je suis reçu dans tous les talk-shows, qu’on parle de moi dans la presse quotidienne régionale. Alors que [le chanteur de variétés] Patrick Fiori, qui depuis quatre ans n’a pas vendu trois disques, vous le voyez partout ! Il a beaucoup plus d’exposition qu’un mec comme moi. Le peu de fois où on m’a invité dans des talk-shows, c’était pour parler de la banlieue, de la religion musulmane. Ça n’a jamais été pour parler uniquement de ma musique. Jamais ! C’est dramatique !

Afrik.com : Maghreb United c’est aussi une marque de vêtements…

Rim’K :
On a fait la marque de vêtements Maghreb United parce qu’on veut créer notre économie. On en a marre de servir des compagnies et des multinationales qui ne respectent par leur clientèle, qui nous ne nous respectent pas. On essaie de créer notre propre réseau.

Afrik.com : Les bénéfices des ventes de disques seront-ils en partie reversés à des associations ?

Rim’K :
On prépare de gros spectacles et on est en étroite collaboration avec une association qui s’appelle Une Chorba pour tous, pour laquelle j’ai déjà participé à beaucoup de meetings et de concerts. C’est une association qui me soutient, donc je la soutiens aussi. Une partie des fonds servira à aider cette association d’une manière ou d’une autre.

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