
La rupture de la trêve entre Washington et Téhéran et le rétablissement du blocus américain contre les ports iraniens font resurgir les inquiétudes du printemps. Sur un continent largement dépendant des importations de carburants raffinés, la reprise des hostilités menace d’abord les prix à la pompe, avant de peser sur les monnaies puis, si elle se prolonge, sur la sécurité alimentaire.
Le compromis signé le 17 juin, en marge du sommet du G7 à Évian, n’était pas encore l’accord de paix définitif annoncé par certains. Ce mémorandum en quatorze points prolongeait la trêve pour soixante jours et devait permettre la reprise des discussions ainsi qu’une réouverture plus stable du détroit d’Ormuz. Moins d’un mois plus tard, les frappes ont repris et Donald Trump a annoncé, le 14 juillet, le rétablissement du blocus naval contre les ports iraniens en réponse à la fermeture du détroit d’Ormuz par les iraniens.
Les marchés pétroliers ont immédiatement réagi, mais sans retrouver pour l’instant les sommets du printemps. Après avoir approché les 86 dollars, le Brent évoluait autour de 84 dollars le 16 juillet, loin des niveaux supérieurs à 120 dollars atteints lors de la première phase du conflit. Cette relative retenue reflète surtout l’incertitude sur la durée des combats et sur la capacité réelle de l’Iran à interrompre durablement le trafic dans le détroit.
Des systèmes d’approvisionnement toujours fragiles
Pour l’Afrique subsaharienne, la vulnérabilité tient moins à un nombre uniforme de jours de réserves qu’à une dépendance structurelle aux cargaisons importées. Le continent produit du pétrole brut, mais ses capacités de raffinage restent limitées et souvent sous-utilisées. De nombreux pays doivent donc acheter à l’étranger les carburants raffinés qu’ils consomment, parfois même lorsqu’ils exportent du brut.
Le seuil de 90 jours souvent cité correspond d’ailleurs à une obligation imposée aux membres de l’Agence internationale de l’énergie, et non à une norme effectivement appliquée par la majorité des États africains. Dans beaucoup de pays, quelques retards de livraison suffisent à provoquer des pénuries ou des rationnements. Madagascar en a donné une illustration au printemps en décrétant, le 7 avril, un état d’urgence énergétique de quinze jours après de fortes perturbations de son approvisionnement.
Même les producteurs ne sont pas entièrement protégés. Le Nigeria dispose désormais de la raffinerie Dangote, mais celle-ci ne reçoit pas assez de brut local et doit compléter ses achats sur le marché international. Depuis le 13 juillet, le groupe facture en dollars ses ventes de carburants aux distributeurs nigérians, après avoir longtemps acheté du brut en devises tout en vendant ses produits en nairas. Les automobilistes continuent de payer en monnaie locale à la pompe, mais les prix de gros deviennent directement sensibles au cours du pétrole comme à celui du naira.
Le pétrole pèse aussi sur les monnaies et la dette
Le choc énergétique se transmet rapidement aux finances publiques. Lorsque le pétrole est payé en dollars, la dépréciation d’une monnaie locale augmente encore le coût de chaque cargaison. Au printemps, un rapport conjoint du PNUD, de la Banque africaine de développement, de l’Union africaine et de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) relevait déjà un recul de 29 monnaies africaines.
Cette baisse renchérit les importations, mais aussi le remboursement des dettes libellées en devises. Les pays qui cumulent une lourde charge de la dette et de faibles réserves de change sont les plus exposés. Les gouvernements se retrouvent alors devoir choisir entre laisser augmenter les prix des carburants, au risque d’alimenter l’inflation et les tensions sociales, ou subventionner davantage la pompe en creusant les déficits publics.
La Banque africaine de développement attendait encore une croissance africaine proche de 4,3 % en 2026. Ce scénario pourrait être revu à la baisse si le conflit s’installe : les institutions africaines et onusiennes estiment qu’une guerre dépassant six mois retirerait environ 0,2 point à la croissance du continent, avec des effets très variables selon le degré de dépendance énergétique de chaque pays.
La sécurité alimentaire en première ligne
Enfin, le gaz naturel du Golfe alimente une partie importante de la production mondiale d’ammoniac et d’urée, deux éléments essentiels à la fabrication des engrais. Une perturbation prolongée des exportations de gaz naturel liquéfié ferait donc monter les coûts agricoles au moment où de nombreux pays africains préparent leurs prochaines campagnes.

À cela s’ajoutent les frais de transport et d’assurance. Le détournement des navires et les risques autour d’Ormuz ou de la mer Rouge se répercutent sur le prix des céréales et des engrais importés. Dans les pays du Sahel, ces surcoûts viendraient se greffer sur l’insécurité et sur des marges budgétaires déjà très étroites.
La première phase de la guerre avait montré à quelle vitesse une crise lointaine pouvait se transformer en pénurie locale. La reprise des combats intervient alors que les stocks n’ont pas partout été reconstitués et que les marges dégagées avant le conflit ont déjà été largement consommées. Si le blocus se prolonge, les premières tensions apparaîtront moins sur les marchés financiers que dans les dépôts de carburant des capitales les plus dépendantes.




