RDC, C64 contre Union sacrée : à quoi faut-il s’attendre le 22 juillet ?


Lecture 4 min.
Lancement de la coalition C64 en RDC
Lancement de la coalition C64 en RDC

En RDC, immanquablement les regards sont tournés vers le 22 juillet. Ce qui devait être, au départ, une manifestation de l’opposition est sur le point de se transformer en une journée de confrontation politique à distance, après l’annonce par la majorité présidentielle de sa propre mobilisation à la même date. Sans qu’aucun des deux camps n’appelle à l’affrontement, la perspective de rassemblements simultanés fait monter la tension à Kinshasa, où les autorités sont désormais confrontées à un important défi sécuritaire.

La coalition Article 64 (C64), qui regroupe notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Augustin Matata Ponyo, a confirmé qu’elle maintenait sa marche vers le Palais de la Nation. Les organisateurs disent vouloir exercer un droit garanti par la Constitution afin de défendre l’ordre constitutionnel, l’État de droit et les principes démocratiques qu’ils estiment aujourd’hui menacés.

La Constitution au cœur du bras de fer

La manifestation, officiellement notifiée aux autorités provinciales ainsi qu’aux services de sécurité, doit débuter à 9 heures. Des cortèges partiront des différents districts de la capitale avant de converger vers le Palais de la Nation, où les responsables de la coalition prévoient de remettre un mémorandum au Président Félix Tshisekedi avant d’organiser un sit-in qu’ils promettent pacifique.

Depuis plusieurs semaines, la C64 multiplie les mises en garde contre toute initiative susceptible de modifier la Constitution. L’opposition soupçonne le pouvoir de préparer une réforme qui pourrait remettre en cause la limitation des mandats présidentiels, une hypothèse que les autorités continuent de rejeter, même si Félix Tshisekedi lui-même ne dédaigne pas l’idée du troisième mandat.

Initialement programmée au 8 juillet, la marche avait été reportée en raison des consultations organisées à Bujumbura par le Président burundais, Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine. Les dirigeants de la coalition avaient alors privilégié la voie du dialogue avant de décider de reprendre leur calendrier de mobilisation.

La majorité refuse de laisser la rue à l’opposition

La surprise est venue quelques heures après cette confirmation. À l’issue d’une réunion de son présidium, l’Union sacrée de la Nation a annoncé qu’elle descendrait également dans la rue le 22 juillet, non seulement à Kinshasa, mais aussi dans les principales villes du pays ainsi qu’au sein de la diaspora. Pour André Mbata, secrétaire permanent de la plateforme présidentielle, cette mobilisation répond à ce qu’il décrit comme une tentative de « coup d’État constitutionnel » menée par des acteurs qu’il accuse d’être liés à l’AFC/M23 et au Rwanda. Selon lui, il s’agit de défendre les institutions républicaines et d’exprimer un soutien sans ambiguïté au Président Félix Tshisekedi. Cette démonstration de force politique traduit également la volonté de la majorité de ne pas laisser à l’opposition le monopole de l’espace public, devenu ces dernières années un terrain essentiel de communication politique.

Même si les deux camps affirment vouloir organiser des manifestations pacifiques, leur tenue le même jour et dans les mêmes villes suscite de nombreuses interrogations. Les services de sécurité devront éviter que les différents cortèges ne se croisent ou que des provocations ne dégénèrent en affrontements. La situation est d’autant plus délicate que le climat politique reste fortement polarisé. Les accusations échangées entre majorité et opposition se sont multipliées ces derniers mois autour de la gouvernance, de la guerre dans l’est du pays et des débats sur l’avenir des institutions.

À cela s’ajoute un élément nouveau : l’appel lancé par André Mbata n’a pas fait l’unanimité au sein même de la majorité. L’UDPS, parti présidentiel, a pris ses distances avec cette initiative, révélant des divergences sur la stratégie à adopter face à l’opposition. Au regard de cette friction, l’éléphant annoncé par André Mbata risque peut-être d’arriver avec un pied cassé.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
Newsletter Source préférée