Répression sans concession au Maroc

Le tribunal de Casablanca a condamné à mort, vendredi, dix militants islamistes. Membres de l’organisation Salafia Jihadia, impliquée dans les attentats sanglants du 16 mai, ils sont sous le coup de la nouvelle loi antiterroriste qui lutte avec vigueur et sans compromis contre l’intégrisme religieux.

« Le Maroc réprimera avec force et conformément aux moyens légaux les actes terroristes perpétrés par des éléments criminels, irresponsables et sans valeur aucune. » Les mots de Nabil Benabdellah, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, au lendemain des attentats meurtriers du 16 mai à Casablanca étaient sans appel. La condamnation à mort, vendredi soir, par le tribunal de Casablanca, de dix militants islamistes confirme la fermeté du Maroc dans sa lutte contre le terrorisme. La décision intervient dans le cadre du procès des 31 membres du groupe Salafia Jihadia, présumé instigateur des attentats suicides, et constitue la première application de la nouvelle loi antiterroriste.

Les peines qui ont été prononcées sont lourdes. Sur les 31 inculpés, dix ont été condamnés à mort, dont Youssef Fikri, le cerveau du groupe et surnommé « l’Emir du sang » par la presse marocaine. Huit autres prévenus connaîtront la prison à perpétuité, tandis que des peines de 20 ans ont été prononcées à l’encontre de sept personnes et des peines de 10 ans pour cinq autres. Seul un individu écope d’une peine minimale d’un an. Les condamnés ne sont pas directement mis en cause dans les attentats de Casablanca, car ils étaient déjà emprisonnés à cette date. Leur sort est toutefois lié au groupe islamiste Salafia Jihadia présumé à l’origine des événements du 16 mai. Ces 31 membres sont poursuivis pour association de malfaiteurs, homicide volontaire avec préméditation, mutilation et dissimulation de cadavre, tentative de meurtre, détention illégale d’armes à feu… la liste est encore longue.

La nouvelle loi resserre l’étau

Alors qu’au mois d’avril la loi antiterroriste n’était encore qu’un projet, elle provoquait de vifs débats au sein de la société civile pour savoir si le pays en avait vraiment besoin. Ironie du sort, le drame de Casablanca ne l’a rendue que plus nécessaire et a précipité sa ratification. « On ne peut admettre de lacune dans la législation marocaine en matière de lutte contre le crime terroriste. Ni les citoyens, ni les organisations soucieuses des droits de l’Homme ne sauraient admettre cela », déclarait le ministre de la Justice, Mohamed Bouzoubaâ comme argument pour emporter l’adhésion à son projet. A présent, une grande part de l’opinion populaire attend qu’elle soit strictement appliquée et sans compromis. Les condamnés de la Salafia Jihadia disposent encore d’un recours en cassation à déposer dans les huit jours mais les chances de remises de peines sont presque inexistantes.

Si, depuis 1993, aucune peine capitale n’a été exécutée au Maroc, cette situation devrait connaître un renversement. Sur les 64 condamnés à mort que comptent les prisons chérifiennes, seuls trois sont inculpés pour terrorisme, relativement à l’attentat de janvier 1995 contre un hôtel de Marrakech, qui tua deux touristes espagnols. Dans les semaines et les mois à venir, ce nombre devrait augmenter, la loi ayant considérablement élargi le champ d’application de la peine de mort. Et on imagine que pour l’exemple et pour affirmer sa fermeté, le gouvernement procédera aux exécutions promises.

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