RDC : Tshisekedi consolide son contrôle du Sénat


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Le Président de la RDC, Félix Tshisekedi
Le Président congolais, Félix Tshisekedi

Le vendredi 3 avril 2026, le Sénat congolais a élu Norbert Basengezi Katintima au poste de deuxième vice-président avec 87 voix sur 95. Mais l’enjeu dépasse largement ce changement administratif. L’absence totale de débat, la candidature unique imposée par l’Union sacrée et le rôle central joué par Félix Tshisekedi comme « autorité de référence » révèlent une tendance inquiétante : la transformation progressive du Sénat en simple chambre d’enregistrement des décisions du pouvoir exécutif.

Une élection sans suspense : le symptôme d’une institution vidée

Tout a été prévu. Le 31 mars, l’Union sacrée dépose la candidature de Norbert Basengezi. Deux jours plus tard, la sénatrice Marianne Bakiele annonce son retrait « en respect du choix de l’Union sacrée et de l’autorité morale de la coalition, le Président Félix Tshisekedi ». Résultat : une candidature unique, pas de débat, pas de campagne réelle. Juste une formalité électorale.

Cette mécanique révèle une réalité institutionnelle troublante. Le Sénat, chambre censée représenter les provinces et servir de contre-pouvoir, fonctionne désormais selon un schéma rigide : l’Union sacrée décide, les dissidents se retirent, le vote confirme. Aucun espace pour la discussion pluraliste. Aucun véritable choix démocratique.

Les chiffres le montrent : 87 voix pour, 5 contre, 3 nuls. Cette domination écrasante n’est pas le signe d’un consensus démocratique ; c’est celui d’une majorité sans opposition effective, où voter autrement relève presque de l’impertinence.

Derrière Basengezi, l’ombre de Tshisekedi

Qui est vraiment élu le 3 avril ? Norbert Basengezi, ancien cadre de la CENI du Sud-Kivu, ou l’architecture institutionnelle que Félix Tshisekedi impose progressivement ? Les documents officiels sont explicites : André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée, évoque « une candidature entérinée par l’autorité de référence, Félix Tshisekedi ». Pas « soutenue », pas « approuvée » mais « entérinée ». Le chef de l’État ne valide pas un choix, il le détermine.

Cette centralité présidentielle dans une élection parlementaire marque un tournant. Le Sénat était supposé être une chambre délibérante, un espace où les équilibres provinciaux se négocient, où les sensibilités politiques débattent. En réalité, il devient un instrument de validation des décisions prises au Palais de la Nation.

Basengezi lui-même reconnaît cette réalité en acceptant sans résister. Son profil, fidèle, expérimenté, sans base électorale autonome, en fait un homme de système plus qu’un leader politique indépendant. Il administrera le Sénat en attendant les instructions du sommet.

La démission de Bahati : un avertissement sans frais

Avant d’arriver au scrutin du 3 avril, il faut comprendre comment on y est arrivé. Modeste Bahati Lukwebo, le précédent deuxième vice-président, a dû quitter son poste après le dépôt d’une pétition dénonçant son « incompétence ». Financée par plus de 80 signataires, cette pétition était clairement orchestrée. Elle visait non à évaluer les performances de Bahati, mais à ouvrir la succession.

La démission rapide de Bahati montre qu’aucun cadre du Sénat n’ose affronter la pression combinée de l’Union sacrée et de la présidence. Il a préféré partir dignement plutôt que de subir une destitution humiliante. Un message clair à tous les autres : la loyauté envers Tshisekedi prime sur l’indépendance institutionnelle.

Le silence gêné de l’AFDC-A : quand la majorité elle-même doute

Un détail révélateur : le regroupement AFDC-A, auquel appartenait Bahati Lukwebo, s’est dit « surpris » par le choix de Basengezi. Ce groupe politique estimait que le poste lui revenait naturellement après la démission de son leader. Or, l’Union sacrée a décidé autrement par calcul présidentiel.

Cette marginalisation de l’AFDC-A illustre une mutation dangereuse : à mesure que Tshisekedi consolide son contrôle, les forces qui l’avaient soutenu en 2019 perdent du poids. L’Union sacrée devient moins une coalition que l’instrument d’un seul leader. Les alliés de second rang le sentent et commencent à murmurer, mais pour l’instant sans oser vraiment résister.

Quelles implications pour la démocratie congolaise ?

L’élection de Basengezi est le symptôme d’une institutionnalisation croissante du présidentialisme congolais. Quatre ans après le départ de Kabila, la RDC assiste au renforcement progressif du pouvoir exécutif sur le législatif.

Le Sénat devrait être un espace de négociation entre provinces, entre sensibilités politiques, entre le pouvoir et ses contrepoids. Au lieu de cela, il fonctionne comme un appendice administratif de la présidence. Les postes clés sont verrouillés d’avance, les débats sont inexistants, et les candidatures alternatives ne survivent pas aux pressions politiques.

Pour les institutions démocratiques congolaises, le message est clair : le Sénat n’est plus une véritable chambre législative délibérante. Il est devenu une chambre d’enregistrement.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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