
La crise couvait depuis plusieurs jours au sein de la chambre haute congolaise. Elle a finalement trouvé son épilogue ce mercredi 18 mars 2026 avec la démission de Modeste Bahati Lukwebo de ses fonctions de deuxième vice-président du Sénat, une décision prise dans un climat politique tendu marqué par une fronde parlementaire et des dissensions internes à sa propre famille politique.
En RDC, Modeste Bahati Lukwebo n’est plus deuxième vice-président du Sénat.
Une démission pour éviter l’humiliation politique
Dans une lettre adressée au président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, l’ancien président de la chambre haute (2019-2024) a officialisé son retrait, au lendemain du dépôt d’une pétition de destitution initiée par le sénateur Dany Kabongo Bondanya. Plutôt que de s’engager dans une épreuve de force, Modeste Bahati Lukwebo a opté pour une sortie volontaire. « Cela ne sert à rien d’engager un bras de fer avec mes collègues », a-t-il déclaré, mettant en avant une volonté d’apaisement et une certaine philosophie du pouvoir : celle de savoir quitter ses fonctions lorsque les circonstances politiques deviennent défavorables. Ce choix apparaît néanmoins comme un repli stratégique face à une dynamique parlementaire clairement hostile, la pétition ayant recueilli un nombre significatif de signatures, signe d’un isolement croissant au sein de l’institution.
Les griefs portés contre l’ancien président sont révélateurs des tensions internes : accusations d’incompétence, manque de respect envers les institutions et, surtout, polémique autour de déclarations jugées ambiguës sur une éventuelle révision constitutionnelle. Ce dernier point semble avoir joué un rôle déterminant dans l’accélération de la crise. Dans un contexte congolais où la question constitutionnelle reste hautement sensible, toute prise de position, même nuancée, peut rapidement cristalliser des oppositions politiques. Bahati Lukwebo s’est pourtant défendu de toute position tranchée, évoquant un malentendu : il affirme n’avoir jamais explicitement pris position pour ou contre une modification de la Constitution, mais plutôt insisté sur la nécessité d’améliorer l’application des textes existants.
La question constitutionnelle, ligne de fracture politique
En toile de fond, cette affaire met en lumière les débats latents autour d’une possible réforme constitutionnelle évoquée par le Président Félix Tshisekedi depuis fin 2024. Le leader de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A) a rappelé que son regroupement s’était déjà positionné en faveur d’une participation à une éventuelle commission de réflexion promise par le chef de l’État congolais. Une posture qui, bien que prudente, a pu être interprétée comme un soutien implicite à une réforme controversée. Dans un paysage politique encore marqué par les crises institutionnelles passées, la simple évocation d’un changement constitutionnel demeure un sujet explosif, susceptible de raviver les clivages entre majorité, opposition et opinion publique.
Au-delà des tensions institutionnelles, la démission de Bahati Lukwebo s’inscrit aussi dans une dynamique interne préoccupante pour son leadership. Au sein de son regroupement politique, l’AFDC-A, plusieurs voix s’étaient élevées pour lui demander de « tirer les conséquences politiques » de la crise. Ce désaveu interne souligne une fragilisation de son autorité, alors même qu’il revendique le statut de « deuxième force politique du pays ». Cette perte de soutien a sans doute pesé dans sa décision de ne pas prolonger l’affrontement.
Loyauté affichée à Tshisekedi et repositionnement politique
Malgré ce revers, Bahati Lukwebo s’efforce de préserver son avenir politique. Il a réaffirmé son appartenance à l’Union sacrée de la Nation et sa loyauté envers le Président Félix Tshisekedi, cherchant ainsi à éviter toute marginalisation au sein de la majorité au pouvoir. « Je reste sénateur, je reste dans l’Union sacrée », a-t-il insisté, dans une tentative de rassurer ses alliés et de maintenir son influence politique.
Au-delà du cas individuel, cette démission met en lumière les fragilités du fonctionnement institutionnel en RDC. Elle illustre la volatilité des équilibres politiques au sein du Parlement, où les alliances restent mouvantes et les positions acquises rarement durables. Elle témoigne également de la centralité du débat constitutionnel dans les recompositions politiques actuelles, un sujet qui pourrait continuer à structurer les rapports de force dans les mois à venir. En quittant son poste pour éviter une destitution, Modeste Bahati Lukwebo préserve une partie de son capital politique. Mais cet épisode laisse entrevoir une réalité plus profonde : celle d’un système politique sous tension, où les luttes d’influence et les débats institutionnels redessinent en permanence les lignes de pouvoir.




