RDC : Noël Tshiani et Jean-Claude Masangu se disputent la paternité du franc congolais


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Billet de 100 francs congolais
Billet de 100 francs congolais

Près de trente ans après la naissance du franc congolais, une querelle oppose Jean-Claude Masangu Mulongo à Noël Tshiani autour de la paternité de la réforme monétaire de 1998. L’ancien gouverneur de la Banque centrale défend une œuvre collective, tandis que l’économiste affirme avoir joué un rôle déterminant dans la conception de la nouvelle monnaie.

Le franc congolais semblait appartenir à l’histoire. Le voici de nouveau au centre d’une polémique. Près de trois décennies après son introduction, Jean-Claude Masangu Mulongo et Noël Tshiani s’opposent publiquement sur le rôle joué par chacun dans sa création. Lors d’un X Space organisé mardi 6 octobre par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), en fonction de 1997 à 2013, a balayé les prétentions de Noël Tshiani. « Il n’y a même pas de débat », a-t-il lancé, estimant que le franc congolais est le produit d’un travail collectif au sein de la Banque centrale.

Jean-Claude Masangu rappelle notamment l’existence d’une cellule technique chargée de préparer la réforme monétaire : conception des billets, analyse du cadre macroéconomique, organisation du retrait de l’ancienne monnaie et préparation logistique. Mis en circulation le 30 juin 1998, le franc congolais devait remplacer le nouveau zaïre et mettre fin à la fragmentation monétaire héritée des dernières années du régime Mobutu. Dans certaines régions, notamment au Kasaï, les anciens zaïres continuaient de circuler, compliquant les échanges entre provinces.

Deux récits, une même réforme

Noël Tshiani ne partage pas la lecture de Jean-Claude Masangu. Dans une réaction publiée ce 8 octobre, il affirme que la conception du franc congolais avait commencé entre le 20 mai et le 1er août 1997, avant la nomination de Jean-Claude Masangu à la tête de la BCC. Selon lui, le processus était déjà engagé au stade de la sélection des entreprises chargées d’imprimer les billets et de fabriquer les pièces. Noël Tshiani revendique également un rôle précis dans le choix de ne pas faire figurer Laurent-Désiré Kabila sur les nouveaux billets. C’est précisément ce point que Jean-Claude Masangu conteste.

Selon le récit de l’ancien gouverneur, c’est Kabila lui-même qui aurait refusé son portrait et demandé que Patrice Lumumba figure sur les coupures. Il aurait souhaité que l’image rappelle les souffrances endurées par le héros de l’indépendance. D’où la représentation de Lumumba les mains liées sur l’une des premières coupures. Les premiers billets ne se limitaient d’ailleurs pas aux figures historiques. Faune, paysages, infrastructures industrielles et éléments culturels avaient été choisis pour donner à cette nouvelle monnaie une dimension nationale. La réforme devait aussi mettre fin à la coexistence de plusieurs espaces monétaires qui compliquait les échanges entre provinces.

Une querelle de mémoire autant que de mérite

Une réforme monétaire de cette ampleur ne se résume pas à une décision individuelle et elle suppose une équipe technique, une banque centrale, des imprimeurs, des choix politiques et une logistique nationale. Au-delà de leurs divergences sur les faits, les deux hommes défendent des lectures concurrentes de leur contribution à une réforme devenue un symbole national. Masangu revendique la conduite opérationnelle de la réforme et sa mise en circulation. Tshiani insiste sur son intervention en amont, notamment auprès de Laurent-Désiré Kabila.

Cepeandant, avoir participé aux premières réflexions sur la monnaie, conçu les billets, dirigé la Banque centrale et organisé la mise en circulation constituent des responsabilités distinctes.

La création du franc congolais reste l’une des réformes économiques les plus symboliques des premières années du pouvoir de Laurent-Désiré Kabila. Il a accompagné la réunification monétaire du pays et survécu, quelques semaines seulement après son lancement, au déclenchement de la deuxième guerre du Congo.

Une monnaie toujours confrontée au dollar

Derrière cette bataille de paternité se pose une question moins personnelle : quel bilan tirer de la réforme de 1998 ? Si le franc congolais a permis de rétablir une monnaie nationale commune, il n’a pas fait disparaître la place dominante du dollar dans l’économie du pays.

Près de trois décennies après sa création, une grande partie des transactions importantes, de l’épargne et des prix immobiliers restent libellés en devise américaine. Un paradoxe qui relativise les revendications de paternité car la naissance d’une monnaie ne garantit pas, à elle seule, sa capacité à s’imposer durablement dans l’économie.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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