
En RDC, quelques secondes ont suffi à Faustin Lumu Luabo pour faire basculer le débat sur la réforme constitutionnelle dans une nouvelle dimension. En déchirant publiquement un exemplaire de la Constitution lors d’un rassemblement à Tshikapa, le maire de la ville a provoqué une onde de choc qui dépasse largement les frontières du Kasaï.
Quelle mouche a bien pu piquer Faustin Lumu Luabo, maire de Tshikapa, chef-lieu de la province du Kasaï, pour qu’il déchire publiquement la Constitution de son pays ? Excès de zèle ? Soutien aveugle au projet de révision de la loi fondamentale du pays ? Ce qui est sûr, c’est que les conséquences de l’acte n’ont pas tardé à surgir avec suspension immédiate, procédure disciplinaire et indignation politique.
Un geste spectaculaire aux lourdes conséquences
La scène, filmée puis largement relayée sur les réseaux sociaux, a rapidement fait le tour du pays. Lors d’une matinée politique organisée à Tshikapa, Faustin Lumu Luabo, maire de la capitale provinciale du Kasaï, a brandi un exemplaire de la Constitution du pays avant de le déchirer devant ses partisans.
Le geste n’avait rien d’improvisé. Défenseur affiché du projet de révision constitutionnelle soutenu par le pouvoir, l’élu a justifié son acte en affirmant avoir simplement « traduit la parole en acte ». Une manière, selon lui, d’illustrer la nécessité de tourner la page du texte actuel pour ouvrir celle d’une nouvelle loi fondamentale. Mais cette démonstration symbolique a aussitôt été perçue comme une atteinte à l’un des fondements de l’État de droit.
Une réaction institutionnelle immédiate
La riposte des autorités n’a pas tardé. Quelques heures après les faits, l’Assemblée provinciale du Kasaï a adopté à l’unanimité une recommandation demandant au gouverneur de suspendre le maire de Tshikapa. Aucun député ne s’est opposé à cette décision.
Dans la soirée, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, est allé encore plus loin. Par télégramme officiel, il a ordonné la suspension préventive de Faustin Lumu Luabo et l’ouverture d’une procédure disciplinaire pour « faute grave ». Son adjoint assure l’intérim à la tête de la mairie. Cette réaction rapide traduit la volonté du gouvernement de contenir une polémique susceptible d’alimenter davantage les tensions politiques.
Un symbole qui ravive le débat constitutionnel
L’affaire survient dans un contexte particulièrement sensible. Depuis plusieurs mois, l’hypothèse d’une révision de la Constitution divise profondément la classe politique congolaise.
Le camp du Président Félix Tshisekedi estime qu’une adaptation du texte fondamental permettrait de mieux répondre aux défis institutionnels et sécuritaires du pays. À l’inverse, l’opposition y voit une tentative de modification des règles du jeu politique afin de permettre au chef de l’État de prolonger son maintien au pouvoir. Cette crispation a conduit plusieurs formations politiques réunies au sein de la coalition C64 à appeler à une grande manifestation le 8 juillet prochain à Kinshasa pour dénoncer le projet et réclamer la démission du Président.
Dans ce climat déjà tendu, le geste du maire de Tshikapa apparaît comme un puissant catalyseur des passions politiques.
Entre liberté d’expression et devoir d’exemplarité
Au-delà de la bataille politique, cette affaire soulève une question institutionnelle. Un représentant de l’État peut-il publiquement dégrader le texte fondamental qu’il est précisément chargé de faire respecter ?
Pour de nombreux juristes, la réponse est clairement négative. Même si la Constitution peut être modifiée selon les procédures prévues par la loi, elle demeure, en effet, le socle de la légalité républicaine. La déchirer publiquement revient, aux yeux de nombreux observateurs, à porter atteinte au symbole même de l’autorité de l’État. En sanctionnant rapidement le maire, le gouvernement cherche aussi à éviter que cet acte ne fasse jurisprudence ou n’encourage de nouvelles provocations dans un contexte politique déjà inflammable.
L’épisode de Tshikapa illustre finalement toute la sensibilité du débat constitutionnel en RDC. Alors que la discussion devrait porter sur le contenu d’une éventuelle réforme, c’est désormais la charge symbolique d’un geste spectaculaire, émanant d’un dépositaire du pouvoir d’État qui occupe le devant de la scène, au risque de durcir encore davantage les lignes de fracture entre pouvoir et opposition.





