
Le groupe armé AFC/M23 a annoncé mercredi soir le retrait progressif de ses forces de la ville d’Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), une opération qui, selon ses dirigeants, devait être achevée au plus tard le lendemain. Cette annonce a lieu à un moment caractérisé par de fortes tensions sécuritaires et diplomatiques, et marqué par la poursuite des combats dans le Nord et le Sud-Kivu ainsi qu’une mobilisation accrue des acteurs régionaux et internationaux.
Dans un communiqué, le mouvement rebelle a indiqué que « le mouvement de [ses] forces hors d’Uvira est en cours et sera terminé d’ici demain (jeudi, ndlr) ». Son coordonnateur adjoint, Bertrand Bisimwa, a assorti cette annonce d’un appel explicite à la « médiation et aux autres partenaires » afin qu’ils veillent à ce que la ville soit « protégée de la violence, des représailles et de la remilitarisation ». Un message qui souligne à la fois la volonté affichée du M23 de se conformer à une dynamique de désescalade locale, après sa récente percée, et sa méfiance persistante vis-à-vis des forces loyalistes et des groupes armés alliés à Kinshasa.
Un retrait circonscrit et conditionnel
L’annonce du retrait ne concerne toutefois que la ville d’Uvira et ne s’étend pas aux autres zones conquises par l’AFC/M23 depuis le 10 décembre. Cette précision est loin d’être anodine : elle suggère que le mouvement entend conserver ses positions ailleurs dans l’est du pays, maintenant ainsi une pression militaire et politique sur le gouvernement congolais.
Par ailleurs, le groupe rebelle a averti qu’une réoccupation immédiate d’Uvira par les Forces armées de la RDC (FARDC) ou par les groupes d’autodéfense Wazalendo ne serait « pas tolérée ». Cette déclaration traduit une tentative de contrôler l’après-retrait et de peser sur l’architecture sécuritaire locale, en imposant de facto une zone tampon ou un statu quo sécuritaire sous supervision internationale ou régionale.
Enjeux sécuritaires et risques de représailles
Sur le terrain, la situation demeure fragile. Uvira, ville stratégique du Sud-Kivu, a déjà été le théâtre de violences intercommunautaires et de confrontations armées par le passé. Le retrait annoncé du M23, s’il est effectivement mené à terme, pourrait réduire temporairement la pression militaire, mais il comporte aussi des risques élevés de vide sécuritaire, propice aux représailles, aux règlements de comptes et à la prolifération d’acteurs armés.
L’appel du M23 à la protection de la population civile met en lumière la crainte d’exactions post-retrait, un scénario déjà observé dans d’autres zones de conflit à l’est de la RDC. La question centrale reste donc celle de la capacité de l’État congolais et de ses partenaires à assurer une sécurité neutre et crédible, sans provoquer une reprise immédiate des hostilités.
Une dimension diplomatique accrue
Cette évolution militaire s’inscrit dans un contexte marqué par une forte activité diplomatique internationale autour de a question de la guerre à l’est de la RDC. À Washington, le secrétaire d’État adjoint américain, Christopher Landau, a rencontré lundi la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, pour discuter de la dégradation de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. Les États-Unis ont, à cette occasion, réaffirmé leur préoccupation face à l’avancée récente du M23, un groupe que Washington accuse d’être soutenu par les forces rwandaises.
L’ambassadrice des États-Unis en RDC, Lucy Tamlyn, a indiqué que les plus hautes autorités américaines avaient été saisies du dossier. Elle a souligné la volonté de Washington de poursuivre le dialogue avec toutes les parties prenantes et d’insister sur un retour au cadre de négociation, suggérant un appui renouvelé aux processus diplomatiques régionaux et internationaux.
Entre désescalade tactique et calcul stratégique
Le retrait annoncé d’Uvira apparaît ainsi comme un geste à double lecture. D’un côté, il peut être interprété comme un signal d’ouverture destiné à apaiser les tensions et à répondre aux pressions diplomatiques. De l’autre, son caractère limité et conditionnel laisse penser à une manœuvre tactique, visant à consolider les gains ailleurs tout en améliorant l’image politique du mouvement sur la scène internationale.
Dans un conflit marqué par des cycles répétés d’avancées militaires, de retraits partiels et de négociations avortées, l’épisode d’Uvira constituera un test crucial. Il permettra d’évaluer non seulement la sincérité de l’engagement du M23 en faveur d’une désescalade, mais aussi la capacité des autorités congolaises et de leurs partenaires à transformer un retrait armé en opportunité réelle de stabilisation durable.




