
Le climat politique en Ouganda s’est brutalement détérioré à la suite de l’élection présidentielle. Des affrontements meurtriers impliquant des forces de sécurité et des partisans de l’opposition, l’assignation à résidence du principal rival du pouvoir et de vives accusations de fraude électorale alimentent une crise qui inquiète autant la population que les observateurs internationaux.
Plus rien ne va en Ouganda à la suite de l’élection présidentielle. Dans plusieurs localités proches de la capitale, des violences ont éclaté dans les heures suivant le scrutin. Selon des témoignages concordants et des responsables de l’opposition, des interventions de l’armée et de la police contre des rassemblements politiques auraient provoqué la mort de plusieurs militants. Les scènes décrites font état de tirs nourris, de poursuites nocturnes et d’opérations de ratissage, laissant derrière elles un lourd bilan humain encore difficile à établir avec précision.
Bobi Wine confiné, ses partisans dénoncent une répression
Les autorités, de leur côté, affirment que les forces de sécurité ont agi pour contenir des troubles et protéger l’ordre public. Elles évoquent des provocations et des attaques contre des installations publiques, sans toutefois fournir de chiffres détaillés sur les victimes. Le principal candidat de l’opposition, Robert Kyagulanyi Ssentamu, connu sous le nom de Bobi Wine, a été placé sous surveillance étroite à son domicile de Kampala. Son parti, la Plateforme de l’unité nationale (NUP), dénonce une assignation à résidence de facto, empêchant toute communication avec ses équipes et ses soutiens.
Pour la NUP, cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large visant à neutraliser l’opposition au moment où les résultats commencent à tomber. Bobi Wine, figure populaire auprès de la jeunesse urbaine, accuse depuis plusieurs mois le pouvoir de restreindre l’espace démocratique et de recourir à l’intimidation politique. Les premières données publiées par la Commission électorale donnent une avance confortable au Président en exercice, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de quatre décennies.
Résultats provisoires largement favorables au Président sortant
Avec une majorité écrasante des suffrages exprimés dans les bureaux déjà dépouillés, le chef de l’État se positionne comme favori pour un nouveau mandat. La participation électorale, en revanche, apparaît relativement faible au regard du nombre d’électeurs inscrits. Ce taux alimente les débats, certains analystes évoquant un désengagement des citoyens, d’autres pointant un climat de peur et de restrictions ayant dissuadé une partie de l’électorat de se rendre aux urnes. Bobi Wine et plusieurs organisations de la société civile contestent la crédibilité du scrutin.
Ils évoquent des irrégularités à grande échelle : bourrages d’urnes, arrestations de responsables locaux de l’opposition, entraves au travail des observateurs et défaillances répétées des systèmes biométriques de vérification des électeurs. Ces accusations sont renforcées par des témoignages faisant état de bureaux de vote ouverts tardivement ou fermés prématurément, ainsi que par la présence massive des forces de sécurité autour des centres de dépouillement. Pour l’opposition, ces éléments remettent en cause la sincérité du processus électoral.
Coupures d’internet et restrictions de l’information
Le scrutin s’est déroulé dans un contexte de contrôle strict de l’espace numérique. De grosses perturbations de l’accès à internet et aux réseaux sociaux ont été signalées dans plusieurs régions du pays. Ces coupures ont limité la circulation des informations, entravé la coordination des partis politiques et compliqué le travail des médias. Les autorités justifient ces mesures par des impératifs de sécurité nationale. Les critiques y voient plutôt une tentative de freiner la mobilisation citoyenne et d’empêcher la diffusion de preuves d’éventuelles irrégularités.
La situation ougandaise est suivie de près par les partenaires régionaux et internationaux. Des organisations de défense des droits humains appellent à des enquêtes indépendantes sur les violences signalées et à la protection des acteurs politiques. Plusieurs chancelleries exhortent toutes les parties à la retenue et au respect des procédures légales. La Commission électorale, pour sa part, insiste sur le caractère provisoire des résultats annoncés et assure que la compilation se poursuit conformément à la loi. Elle appelle les candidats à utiliser les voies institutionnelles pour contester les chiffres et à éviter toute incitation à la violence.



