
Pour la première fois depuis la chute du régime de Yahya Jammeh, un ancien membre des escadrons de la mort connus sous le nom de « Junglers » est jugé en Gambie. Sanna Manjang a comparu jeudi devant la Haute Cour de Banjul, où il est poursuivi pour plusieurs assassinats commis sous la dictature. L’accusé a plaidé non coupable lors de cette audience inaugurale, très attendue par les familles des victimes.
Le palais de justice de Banjul a été le théâtre d’un événement sans précédent ce jeudi 15 janvier 2026. Pour la première fois depuis la fin de l’ère dictatoriale de Yahya Jammeh, un membre des redoutables escadrons de la mort, connus sous le nom de « Junglers », fait face à ses juges sur le sol national. Sanna Manjang, dont le simple nom inspirait autrefois la terreur, a comparu devant la Haute Cour dans un climat de haute tension mémorielle.
Un bourreau présumé face à ses responsabilités
Considéré comme l’un des chefs opérationnels les plus violents du régime déchu, Sanna Manjang doit répondre de crimes d’une cruauté extrême. Lors de cette audience inaugurale, l’accusé a choisi de plaider non coupable. Les charges retenues contre lui pour ce volet du procès concernent les assassinats de Samba Wurry, poignardé à la poitrine, et de Kajali Jammeh, un ancien membre présumé de la rébellion casamançaise.
Sur ce dernier cas, les témoignages recueillis précédemment par la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC) font état d’une exécution par décapitation. Cela illustre la brutalité systématique reprochée à l’unité paramilitaire.
Une traque transfrontalière fructueuse
L’arrestation de Sanna Manjang marque un succès diplomatique et sécuritaire majeur pour la Gambie. Longtemps en fuite, il a été capturé fin novembre au Sénégal grâce à une opération conjointe entre les forces de sécurité des deux pays voisins. Ce transfert vers Banjul souligne la volonté des autorités actuelles de reprendre la main sur le processus judiciaire lié aux années Jammeh.
Si plusieurs collaborateurs de l’ancien dictateur ont déjà été condamnés en Europe ou aux États-Unis, la tenue de ce procès en Gambie possède une portée symbolique immense pour les familles des victimes locales.
L’attente de nouvelles révélations en février
Bien que l’audience de ce jeudi se soit concentrée sur des faits précis, l’ombre d’autres crimes plane sur le box des accusés. Sanna Manjang est également lié à l’assassinat du journaliste Deyda Hydara, correspondant de l’AFP abattu en 2004, dossier pour lequel il a été inculpé en décembre dernier.
Le tribunal ne s’est pas encore prononcé sur ces faits, mais la prochaine audience, fixée au 9 février, pourrait élargir le champ des poursuites. Pour la société gambienne, ce procès constitue bien plus qu’une simple procédure pénale ; c’est le début d’un examen de conscience national sur les mécanismes de la violence d’État.




