RDC : au Kasaï-Central, les chefs coutumiers promettent d’abolir les pratiques humiliantes envers les femmes


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pleur de femme

Les chefs coutumiers du Kasaï-Central ont décidé de bannir un certain nombre de pratiques culturelles humiliantes ou dégradantes vis-à-vis des femmes et des jeunes filles. Une évolution notable, précisément parce qu’elle est portée par les gardiens de la tradition.

Quand la tradition devient une humiliation

À Kananga, réunis jeudi 3 septembre, les chefs coutumiers du Kasaï-Central ont fait preuve de mordernité. Au cœur de leur décision figurent notamment les sanctions coutumières liées à l’adultère, les mariages précoces, mais aussi le sororat et le lévirat. L’engagement a été pris lors d’un dialogue communautaire organisé avec la Première dame de la RDC, Denise Nyakeru Tshisekedi, en présence des épouses des autorités traditionnelles. Ce qui s’est passé ce jeudi à Kananga dépasse largement une simple réforme des usages. Dans certaines communautés, une femme accusée d’adultère pouvait jusqu’ici être frappée d’une amende et, dans les cas les plus humiliants, contrainte de marcher nue en public.

Une telle sanction ne se limite pas à une punition. Elle expose publiquement la femme à la honte, au rejet et à la stigmatisation. Pour celles qui ont déjà subi des violences sexuelles, le traumatisme peut être encore plus profond. Le chef coutumier Kalala ka Tshishimbi rappelle d’ailleurs les difficultés rencontrées par certaines survivantes des violences sexuelles pour retrouver leur place au sein de leur famille. « Dans la province du Kasaï-Central, il y avait des problèmes de femmes violées. Beaucoup ne pouvaient pas retourner dans leurs foyers conjugaux. On a sollicité notre soutien en tant que chefs coutumiers pour leur retour », a-t-il déclaré.

Le lourd traumatisme des violences du Kamuina Nsapu

La question est particulièrement sensible dans une région encore marquée par les séquelles des violences liées au phénomène Kamuina Nsapu. Entre 2016 et 2017, des centaines de femmes ont été victimes de violences sexuelles dans le Grand Kasaï. Au Kasaï-Central, les autorités coutumières évoquent plus de 700 cas de viol enregistrés durant cette période. Pour certaines survivantes, le retour à la vie familiale a été particulièrement difficile. Rejet, honte et stigmatisation ont parfois prolongé les souffrances bien après la fin des violences.

C’est dans ce contexte que les autorités traditionnelles avaient été sollicitées pour faciliter le retour de certaines femmes dans leurs foyers. Leur implication apparaît aujourd’hui comme un levier essentiel pour reconstruire la confiance et favoriser la réintégration des survivantes.

Mariages précoces, sororat et lévirat dans le viseur

L’engagement des chefs coutumiers ne concerne toutefois pas uniquement les sanctions liées à l’adultère. Les mariages précoces, le sororat et le lévirat sont également concernés. Dans certaines traditions, le sororat peut conduire un homme à épouser la sœur de son épouse décédée. Le lévirat, de son côté, peut imposer à une veuve une union avec le frère de son défunt mari. Lorsque ces pratiques deviennent obligatoires, elles privent les femmes de leur liberté de choix. Elles sont ainsi placer dans une situation de dépendance.

Le choix des chefs coutumiers de remettre ces usages en question constitue donc un changement important. Leur autorité leur donne, dans les communautés rurales notamment, une capacité d’influence que les campagnes de sensibilisation classiques ne peuvent pas toujours remplacer.

Denise Nyakeru salue un changement de mentalité

La Première dame, Denise Nyakeru Tshisekedi, a salué cette évolution. Pour elle, la reconnaissance par les chefs coutumiers de la nécessité d’abandonner les pratiques injustes marque une avancée significative dans la protection de la dignité des femmes.

Le dialogue de Kananga avait justement pour objectif d’obtenir leur implication dans la lutte contre les violences sexuelles et les pratiques traditionnelles préjudiciables aux femmes. Cette démarche s’inscrit dans un travail de sensibilisation engagé depuis plusieurs années par l’ONG Femme Main dans la Main pour le Développement Intégral (FMMDI), avec l’appui du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).

Une promesse qui doit encore être traduite dans les villages

L’engagement pris à Kanyuka ne modifie pas le droit congolais. Depuis la réforme du Code de la famille adoptée en 2016, le mariage est déjà interdit avant 18 ans. La régle vaut aussi bien pour les filles que pour les garçons. L’enjeu se situe désormais dans l’application de cette règle au sein des communautés où l’autorité coutumière demeure déterminante. C’est à cette mise en œuvre que se mesurera la portée réelle de l’annonce.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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