Les violences sexuelles, arme de guerre en RDC

On observe depuis quelques jours, une accalmie dans les combats qui opposent l’armée régulière et les insurgés de Laurent Nkunda dans l’Est de la RDC. Par ailleurs, le général dissident a perdu plus de 1.500 de ses hommes qui se sont rendus aux forces loyalistes, via la Monuc. Mais en dehors des fusils, une autre forme de guerre est utilisée par des combattants en République démocratique du Congo. Ce sont les viols et souvent les violences faites aux femmes. Un véritable drame qui sévit dans cette partie du pays. Reportage.

Notre correspondant à Kinshasa

Dans la ville de Goma, il existe un seul hôpital spécialisé dans le traitement des fistules, un trouble lié aux violences sexuelles. Chaque matin, une centaine de femmes attendent d’être opérées pour ce type de lésion. La plupart ont été victimes de viols, avant de subir un traitement inhumain par leurs bourreaux. Et chaque jour, 2 à 3 femmes, nouvelles victimes de viol, se présentent dans cette unité médicale: « On vient de recevoir une jeune fille de 13 ans qui était violée et ses bourreaux ont laissé un épis de maïs dans l’appareil génital ; elle ne s’en est rendu compte que 15 jours plus tard. On s’imagine tous les dégâts que ce corps étranger a provoqué dans son organisme», affirme à un journaliste, le docteur Christophe Kimona, l’un des médecins de cette formation médicale. On y retrouve également des femmes victimes des viols depuis le début des années 2000. Mais c’est surtout depuis les récents affrontements entre l’armée régulière et les dissidents fidèles à Laurent Nkunda que le Nord Kivu connaît une recrudescence de ce phénomène.

Se confiant toujours à la presse, l’administratrice de l’hôpital, Virginie Mombere, déclare que « la particularité dans la ville, ce sont des enfants de 3 ans jusqu’à 18 ans. Leurs bourreaux sont des militaires, des rebelles, des policiers et des hommes de ménage qui violent les enfants à la maison. Mais à l’intérieur de la province, ce sont les femmes de tous âges, on a déjà soigné une femme de 75 ans. En général, ce sont des milices (Mai mai), les FDLR (rebelles rwandais), l’armée régulière et surtout, ces derniers temps, les militaires de Laurent N’kunda » qui sont les auteurs de ces actes, conclut-elle.

Pour sa part, le Docteur Bagwene, médecin directeur de l’hôpital de Panzi (30 kms de Bukavu, au Sud Kivu) affirme que la situation est la même dans la province voisine. Et le récit est parfois insupportable : « Après avoir été violées ou passé un long moment comme esclaves sexuelles dans la forêt, elles se présentent avec des lésions très graves créées soit avec une arme à feu ou une baïonnette ou encore d’autres objets tranchants qui sont introduits dans l’appareil génital et qui vont laisser d’un côté la vessie et d’un autre le rectum. Donc il y a un trou qui relie le rectum avec le vagin ou la vessie avec le vagin. Il nous faut pour cela plusieurs opérations compliquées allant parfois à 6 mois d’intervention », déclare-t-il.

Viols à grande échelle

Le médecin affirme avoir opéré plus de 3600 femmes l’année passée, avant d’ajouter que sur le plan opératoire, le rythme reste le même : « l’année passée on avait plus accueilli les femmes qui venaient des zones voisines de la ville, aujourd’hui, nous avons élargi notre action vers les centres des combats. Nous avons d’ailleurs des cas récents qui datent de deux semaines à un mois ; surtout des villages autour du parc de Kauzi Biega (40 Kms de Bukavu) », confie-t-il.

Ces violences sont souvent faites dans le but d’humilier l’adversaire. Les organisations humanitaires ont beau multiplier les cris d’alarme, les viols et actes de barbarie continuent en RDC et à grande échelle. Victorine a aujourd’hui 21 ans, il y a cinq ans elle a été violée par des miliciens dans la province du Maniema (centre). Elle attend toujours de faire soigner ses graves ennuis de santé à Goma. « j’étais à Panzi, 6 rebelles du RCD (pro-rwandais) sont entrés dans la maison, ils ont tué mon père et m’ont amené avec eux. Nous sommes arrivés dans la forêt et ils ont commencé à me violer et à me torturer. Ils ont tiré dans mon sexe, m’ont laissée là et j’ai commencé à marcher à pied en vue de retrouver péniblement un village. La plaie a commencé à sécher, mais elle n’était pas couverte et j’ai commencé à souffrir d’une fistule recto-vaginale. Dans cet état, je ne pouvais pas reprendre le chemin de l’école, car les urines et les matières fécales passaient par la même voie », raconte la pauvre fille.

Pour le moment, les chiffres sur l’ensemble des femmes violées au Nord Kivu sont difficiles à compiler, mais rien que MSF/ France traite 250 cas par mois. Au Sud Kivu, 27 000 agressions sexuelles ont été recensées. L’Onu confirme que les auteurs de ces actes de barbarie sont des hommes en armes de tout bord.Cela fait longtemps que les violences faites aux femmes sont dénoncées dans l’Est du Congo, sans que rien ne change de façon radicale.

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Photo : AP/ Gary Knight/ VII