Kenya : les veuves luttent contre le Lévirat

Dans l’ouest du Kenya, la coutume veut que la veuve épouse son beau frère. Une pratique séculaire propice à toutes les dérives. Elle serait dégradante pour la femme et l’exposerait au pillage de ses ressources par des chasseurs de veuves peu scrupuleux. Pire : le lévirat contribuerait à la diffusion du Sida.

Le lévirat, basta ! Tel est en substance, le cri lancé par une trentaine de veuves kenyanes de la région de Kisumu (Ouest), qui ont demandé l’abolition de cette coutume poussant les veuves à prendre un mari dans le clan de leur belle famille, rapporte l’Agence kenyane de presse.

Cette pratique très répandue au sein du peuple Luo est mise à l’index par les ONG et les associations religieuses qui lui reprochent d’être un facteur déterminant de propagation du virus HIV. Selon les autorités sanitaires de l’hôpital de la petite ville de Siaya, 35% des femmes enceintes qui viennent en consultation seraient séropositives.

Risque d’exclusion

Mais pour les femmes de l’ouest du Kenya, qui réclament  » le droit de ne plus être héritées « , la lutte contre le lévirat est aussi un combat pour la dignité et pour les préserver de la ruine. Car les  » héritiers  » exigent bien souvent nourriture et vêtements coûteux, achevant d’appauvrir une femme déjà fortement affectée par la disparition du défunt.

La coutume du lévirat a évolué ces dernières années avec l’apparition de  » laveurs de veuves « , véritables gigolos professionnels, payés par la belle famille pour s’emparer de leurs biens. Outre l’arsenal de pressions physiques et morales que ces voyous emploient pour dilapider les biens d’autrui avec la bénédiction des caciques traditionnels, les réticentes deviennent de véritables parias. Elles n’ont pas le droit de rentrer dans une maison. A leur mort, il est interdit de leur creuser une tombe.

Conscientes des problèmes posés par cette coutume et des dérives qu’elle engendre, les autorités ont, en juillet dernier, tapé du poing sur la table. La préfecture du département de Busia a ordonné aux gouverneurs de procéder à l’arrestation des personnes encourageant le lévirat et d’expulser les chasseurs de veuves des régions où il se pratique assidûment.

Mais le lévirat a des partisans, au sein même du clergé kenyan. En octobre dernier certains membres de l’Eglise ont ouvertement critiqué les prises de position de leur hiérarchie, arguant que la coutume permet aux veuves de trouver un soutien économique perdu avec la mort du conjoint et les protège de la prostitution…

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