
Au Kenya, le décès d’un époux plonge encore de nombreuses veuves dans une bataille silencieuse pour conserver leur terre. Malgré une Constitution qui garantit l’égalité successorale, les coutumes patriarcales continuent de prévaloir dans plusieurs régions rurales. Spoliations, expulsions et violences rituelles restent des réalités pour ces femmes privées de protection effective.
Au Kenya, la terre est le socle de la survie, de l’identité et de la sécurité alimentaire des familles. Pourtant, pour des milliers de femmes, le décès de leur époux marque le début d’un calvaire où le deuil se double d’une spoliation brutale. Malgré un cadre constitutionnel censé protéger chaque citoyen, la réalité du terrain reste dictée par des structures patriarcales tenaces.
Dans les régions de l’Ouest, notamment chez les peuples Luo, Luhya et Kisii, le droit foncier se heurte frontalement aux coutumes ancestrales qui excluent les femmes de la succession. Cette situation laisse vulnérables face à l’appétit de leur belle-famille.
Le poids des traditions contre la loi constitutionnelle
La transmission des terres au Kenya s’opère majoritairement de père en fils, un système qui place la veuve dans une position de précarité extrême. Dès la disparition du chef de famille, de nombreuses femmes se retrouvent accusées des malheurs du foyer. Ce stigmate sert souvent de prétexte pour les chasser du domicile conjugal. Des figures comme Rebecca Anyango, installée sur ses terres depuis plus de deux décennies, illustrent ce combat quotidien. À 70 ans, elle doit faire face aux menaces d’expulsion de ses proches par alliance qui ignorent délibérément ses droits légaux. Pour ces femmes, la tombe du mari, située au cœur de la parcelle familiale, devient le symbole d’un ancrage qu’elles refusent d’abandonner, malgré l’absence de représentation juridique et l’isolement social.
Violences rituelles et spoliation des biens
Au-delà de la perte matérielle, certaines veuves subissent des pratiques culturelles coercitives telles que le « nettoyage sexuel » ou le mariage hérité. Le refus de se soumettre à ces rites, qui consistent à épouser un frère du défunt, entraîne quasi systématiquement une répression violente. Anne Bonareri a vécu cette tragédie : au lendemain des funérailles de son mari, elle a été agressée et dépouillée de tout, jusqu’à ses effets personnels les plus intimes, pour avoir rejeté les avances de son beau-frère. Ces actes de déshéritage forcé ne privent pas seulement les femmes de leur toit, ils condamnent également leurs enfants à un cycle de pauvreté durable, en les coupant des ressources nécessaires à leur éducation et à leur santé.
Vers une protection juridique renforcée par l’action locale
Face à cette détresse, la résistance s’organise à travers des initiatives de la société civile et des avancées législatives locales. La recherche-action menée par le Programme de promotion des jeunes veuves (YWAP) a permis de documenter ces abus pour mieux les combattre. Parallèlement, des structures comme la fondation Amandla MEK offrent son soutien en mettant des avocats bénévoles à la disposition des victimes. Un moyen historique a été amorcé dans le comté de Siaya, où une loi pionnière a été adoptée pour criminaliser spécifiquement le déshéritage et le remariage forcé. Ce modèle législatif, né de la pression des communautés locales, représente aujourd’hui une lueur d’espoir pour que la dignité des veuves kenyanes ne soit plus sacrifiée sur l’autel de la tradition.





