
Au lendemain de la marche de l’UDPS et de ses alliés à Kinshasa, une autre bataille se joue déjà sur le terrain politique : celle de l’égalité de traitement entre majorité et opposition.
Alors que la mobilisation du 22 septembre s’est déroulée sans incident majeur signalé dans la capitale congolaise, Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), interpelle les autorités sur le contraste avec les événements du 15 septembre, lors de la manifestation de la Coalition pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64).
« Pourquoi aucun mort ni arrêté ? »
Dans une prise de position publiée au lendemain de la marche, Jean-Claude Katende pose une question volontairement provocatrice : « Pourquoi, à la marche des partis politiques proches du pouvoir organisée hier, n’y a-t-il pas eu de morts ni de personnes arrêtées » ? Il poursuit en s’interrogeant sur l’absence d’intervention de groupes venus perturber le rassemblement : « Pourquoi les supposés inciviques de l’opposition ne sont-ils pas allés perturber la marche des partis politiques au pouvoir » ?
En posant ces questions qui préoccupaient l’opposition depuis hier soir, le responsable de l’ASADHO met en parallèle deux manifestations séparées de seulement sept jours. Celle du 15 septembre, organisée par la C64 contre le changement de la Constitution, avait été marquée par des affrontements à Kinshasa et dans plusieurs villes. Celle de l’UDPS, le 22 septembre, a bénéficié d’un encadrement policier et s’est achevée sans incident majeur signalé à Kinshasa. La comparaison ne permet toutefois pas, à elle seule, d’établir les causes de cette différence. Mais elle ouvre un débat sérieux et préoccupant sur le traitement réservé aux libertés publiques selon que l’on soit de l’opposition ou de la majorité en RDC.
Le débat sur une « démocratie à deux vitesses »
Jean-Claude Katende va plus loin en estimant que le contraste entre les deux journées pourrait révéler un traitement différencié des manifestations selon qu’elles sont favorables ou non au pouvoir. Il avance ainsi l’hypothèse que les rassemblements de l’opposition auraient été perturbés par des acteurs proches du pouvoir. Cette lecture est également défendue par plusieurs responsables de l’opposition. Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund ont dénoncé, après la marche du 22 septembre, ce qu’ils considèrent comme une politique de « deux poids, deux mesures ».
La question touche directement au droit de manifestation. La Constitution congolaise garantit cette liberté et prévoit que les manifestations sur la voie publique doivent faire l’objet d’une information préalable auprès de l’autorité administrative compétente. C’est donc moins le succès politique revendiqué par chaque camp que les conditions concrètes d’exercice de cette liberté qui sont désormais au centre des interrogations.
Pour Jean-Claude Katende, le contraste entre les deux marches mérite des explications. Pour les autorités, l’enquête sur les incidents du 15 septembre devra précisément permettre de distinguer les faits établis des accusations politiques.
Une enquête déjà ouverte sur le 15 septembre
Les événements de la manifestation de la C64 font désormais l’objet d’une enquête judiciaire ordonnée par le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa. Le parquet général près la Cour de cassation doit notamment examiner les violences, les blessures, les destructions, les interpellations et les allégations de décès. Le ministère précise que l’enquête devra établir les faits et les éventuelles responsabilités sur la base des éléments recueillis.
Cette procédure est lancée dans une situation toujours confuse dans laquelle les versions divergent. La C64 affirme notamment qu’un de ses cadres, Manassé Lomboto Bomengola, est mort à la suite des violences. Les autorités n’ont pas confirmé ce décès dans leur premier bilan. La Commission nationale des droits de l’homme a, de son côté, signalé la présence de personnes munies d’armes blanches ayant empêché la progression du cortège à Limete. Les accusations de la C64 contre des acteurs proches du pouvoir restent, elles aussi, à établir. Le gouvernement, en ce qui le concerne, les rejette.




